Ch 1 – 1 : Prémices d’une naissance

Chap 1 – 1 Prémices d’une naissance

En près de soixante ans, à partir d’une bande de dunes de sable déserte et sans intérêt, a surgit une communauté urbaine qui a ressenti le besoin d’ériger une église en son centre.

Une naissance issue de la conjonction de trois éléments : l’eau, le chemin de fer, la santé de l’homme.

-1- Double réveil impérial d’une dune de sable : de Napoléon Bonaparte à Louis Napoléon Bonaparte…

Ce petit hameau délaissé de Wimille, était fait de sable, de rares cabanes de pêcheurs abandonnées, et de chalets désaffectés du camp napoléonien prévu pour envahir l’Angleterre, sans aucune richesse exploitable sur le plan agricole : son nom « rivière des joncs » (Wimereux).

Cette bande de dune de sable était inhabitée en ce tout début du XIXe siècle. Il faut cependant reconnaître que l’on a retrouvé des vestiges préhistorique de la présence de l’homme, et quelques artefacts de villa romaine sur le domaine de Wimereux. Jusqu’au début du XIXe siècle, le littoral en général était exclusivement un lieu de travail, consacré à la pêche dans le meilleur des cas, au pillage des bateaux naufragés dans le pire, mais en aucun cas un lieu de plaisir, c’était plutôt un lieu de danger. La rencontre entre les hommes et la mer se faisait par les ports, et les yeux tournés vers l’océan reflétaient surtout la peur de ceux restés à terre. Hormis pour la pèche à pied, les habitations du littoral tournaient généralement le dos à la mer et aux tempêtes, souvent à bonne distance de la bande côtière.

Chapelle de Jésus Flagellé : Sur le territoire actuel de Wimereux, il faut noter l’existence d’un petit édifice perdu aux confins entre les champs, les dunes et la mer, mais ayant un intérêt spirituel connu à l’époque. Au sud de cette bande côtière déserte du hameau de Wimereux, après le château de Honvault, se trouve un autre hameau, Terlincthun, qui était composé de plusieurs vieilles fermes, et d’une chapelle dite « de Jésus flagellé », construite à la fin du XVIe siècle, pour servir d’asile à une statuette de bois noir représentant le Christ dans la scène de la flagellation, et qu’un laboureur avait trouvée dans un champ voisin. Un culte populaire s’y était installé, ce qui irrita l’évêque janséniste de Boulogne, Pierre de l’Angle, qui fit fermer cette chapelle au tout début du XVIIIe s. Mais, s’ils ne pouvaient plus y pénétrer, c’est autour des murs que les fidèles continuaient à affluer. Elle fut par la suite ré-ouverte, elle attira de nombreux pèlerins et devint vite exiguë. En 1790, le propriétaire du terrain, M. Château-Renault, permit d’agrandir l’édifice primitif, et par ordonnance du 9 octobre de la même année, Mgr Asseline, évêque de Boulogne, autorisa qu’on y célébra la messe, et d’ailleurs tint à y officier le premier. A la Révolution, la chapelle échappa à la destruction grâce à son isolement, et grâce aussi à une prudente désaffection temporaire : on la transforma en cabane pour les outils agricoles, en grange provisoire. En juin 1803, M. Château-Renault envoie à Napoléon Bonaparte une requête au nom des Boulonnais lui demandant d’intervenir « pour rétablir, comme par le passé, le culte de Jésus flagellé, si cher aux habitants de la région. Peu de jours après, à la suite d’un accord diocésain, l’autorisation officielle fut donnée d’y faire célébrer la messe tous les dimanches et jours de fêtes, à l’exception des fêtes principales, par tout prêtre approuvé de l’ordinaire (…). Il arrivait à Napoléon, « enveloppé dans une grande capote et coiffé d’un feutre souple », de desencdre « sans escorte vers le petit édicule de Terlincthun où il se mêlait aux braves gens, et écoutait leurs remarques, leurs critiques, leurs prévisions. » Sous le Second Empire, Monseigneur de la Motte, retiré à la Poterie, se fit le desservant de la chapelle et y organisa même des retraites pour les soldats du camp de Honvault. Agrandi en 1862, le sanctuaire garda intact son caractère et son renom jusqu’à l’invasion de mai 1940″. Ce fut aussi une chapelle dédiée à la mémoire des Marins perdus en mer. Elle a été un haut lieu de dévotion et de tradition populaire avec sa part de réalité historique et sa part de légende. De nombreux ex-votos, en particulier des petits bateaux en bois y étaient suspendus. (Son bénitier se trouve aujourd’hui dans l’église du Christ-Ressuscité à Wimereux). Un projet de restauration n’ayant pu être mené à terme dans les années 1950-1960, ses ruines, situées près de l’actuel pont de chemin de fer, ont été rasées en 1970 lors de la modification du tracé de l’ancienne route suite à la construction du rond-point entre cette nouvelle route et l’A16. (sources : André Verley, « Le Calvaire des Marins Boulonnais », Edico, 1990)

En 1803, Bonaparte 1er Consul crée à l’embouchure du fleuve côtier « Le Wimereux » un port au milieu des dunes, pour envahir l’Angleterre. Il s’intégrait dans un ensemble d’installations portuaires militaires destiné à abriter tout une flotte : ce fut le 1er camp de Boulogne. (La Chapelle de Jésus Flagellé servit de lieu de culte, trop exiguë, aux soldats pour cette partie du camp : déjà le soucis d’un lieu de culte pour la population provisoire de cette bande de dune était d’actualité !)

Le 4 Août 1806, il ordonna par décret la fondation d’une ville « Le long de la rivière et du port », destinée aux soldats de la Grande Armée, auxquels le Maréchal Soult fut chargé d’attribuer gratuitement des terrains avec obligation pour les nouveaux propriétaires d’y bâtir.

Ce beau projet fut abandonné à la chute de l’Empire. La commune de Wimille en 1809 acquit la propriété des « Garennes du Roi » assise entre la Pointe aux Oies et le ruisseau d’Honvault. Ce n’était que dunes, avec un ou deux chalets, vestiges  abandonnés du Camp Napoléonien, et rares cabanes de pêcheurs.

Près de cinquante ans après, la bande de dune sortit de sa torpeur avec la « La Revue des troupes » par Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III) en 1853 à WIMEREUX, accompagné de l’impératrice Eugènie : ce fut le deuxième camp de Wimereux, second élément marquant dans l’essor de Wimereux : ce site encore quasi-vierge, gagne alors une petite notoriété.

-2- Puis vient le grand réveil avec la mode des bains de mer, et l’arrivée du chemin de fer…

C’est ce qui pousse Monsieur MEZIER à construire un café sur le site de l’Avancée. La mode des cures balnéaires était à son apogée en cette deuxième moitié du XIXe siècle, leurs bienfaits sur la santé étaient d’ailleurs encouragés par l’impératrice Eugénie avec notamment la création de la station balnéaire de Biarritz. Monsieur HERBIN, homme de lettres parisien, profita de cette mode et créa le premier établissement de bains de mer et Monsieur Jean LARTIGUE, haut –fonctionnaire, commença à établir le premier chalet en bois.

Lorsque le 18 juillet 1857 paraît le décret ordonnant la prolongation de la ligne de chemin de fer de Boulogne-sur-Mer à Calais, Armand de LEDINGHEN, maire de Wimille, est le premier à entrevoir et à organiser l’avenir de Wimereux par la location et la vente de terrains à des bâtisseurs.

Joseph MERCIER ouvre le premier restaurant-pension de famille de Wimereux.

Puis, Monsieur DUPONT construit un cabaret appelé « au repos de chasse », près de la rivière, le long de la grand’route qui relie désormais le hameau à Boulogne-sur-mer.

C’est la liaison chemin de fer entre Boulogne-sur-Mer et Calais, avec la construction du viaduc de 1859 à 1863 et l’inauguration de la gare en 1867 qui entraîne réellement l’essor de Wimereux. Pour l’implantation de la gare, le conseil municipal de Wimille fit le 17 Août 1862, un choix déterminant en préférant au site d’Aubengue qui avait ses partisans celui de Wimereux sis à la jonction de deux routes : « La station sera très convenable aux habitants de la côte qui vont à Boulogne par la nouvelle route. » Pour la première fois, on évoquait officiellement « la station ».

-3- De hameau en commune : Wimereux s’éveille et s’émancipe… tandis que l’Abbé Lebègue lutte contre l’endormissement de la foi de ses ouailles dans les dunes !

Plus de 200 personnes y habite alors, un chiffre qui ne cessera de croître. Rapidement, une envie de liberté se fait sentir dès 1880. Dans un premier temps, Wimille s’oppose aux souhaits et projets de séparation malgré la prospérité sans cesse grandissante du hameau. Finalement après moult discussion la séparation de Wimereux d’avec Wimille est officialisée le 28 mai 1899. Les constructions ne cesseront d’augmenter.

Mais dès 1865 déjà, pour Labbé le Bègue, curé de Wimille , il est de plus en plus difficile d’administrer les secours religieux (messes et sacrements) sur le hameau de Wimille. De plus, il constate à son grand désarroi, que les les familles originaires de la région de Lille ou de Paris principalement, en villégiature sur le hameau de Wimereux, ne se donne pas la peine d’aller à la messe à Wimille le dimanche. En tant que pasteur, le curé souffre de voir la foi de ses ouailles éteinte et se donne pour belle mission de la réveiller. Il demande alors au maire, Monsieur de Ledinghen, de trouver une solution, et la demande de l’abbé est discutée en séance du conseil municipal du 9 juillet 1865, et la donation du terrain nécessaires au projet de construction d’une église est votée aussitôt. Choisi en accord avec le diocèse, ce terrain est obtenue grâce à un échange de terrains communaux avec les propriétaires Pierre Seillier et Antoine-Adolphe Morel.

Pendant ce temps Wimereux continue de se développer, En 1866 et 1867, les entreprises MALAHIEUDE et LEROY s’y installaient. C’était le démarrage de cette station. Le 1er janvier 1867, le premier train de la ligne Paris-Calais s’arrête à la gare de Wimille-Wimereux.

M. de LEDINGHEN avait vu juste : rapidement le rail joua un rôle capital dans le développement de la station et détermina des vocations : M. Gustave de FROISSY, beau-frère de M de LEDINGHEN, acheta des terrains et assura la promotion de la Station naissante dans les milieux artistiques parisiens.

Haut-fonctionnaire des travaux publics, M. Jean LARTIGUE fit construire en 1856 le premier chalet de Wimereux.

Ingénieur chargé de la construction du Viaduc, M. Théophile DOBELLE épousa la fille de son aubergiste M. MERCIER et créa par la suite plusieurs Hôtels.

M. de LEDINGHEN obtint le déclassement du domaine maritime, lança la vente des terrains avec M. de FROISSY et, en 1867, promulgua le plan d’alignement des rues d’une station, qui devenait réalité en 1882 lorsque Philippe BATAILLE y fonda la première agence de locations saisonnières.

Parenthèse sur le développement de Wimereux :

En 1891, un propriètaire M. HAZEBROUCK fit construire le pont Napoléon. Le rythme de la construction immobilière s’amplifiait : 150 villas en 1892, 250 en 1896, 328 en 1899, année où Wimereux devient une commune à part entière.

En 1914, Wimereux compte 50 Hôtels et Pensions de famille et 800 Villas. Après le temps d’arrêt de la Guerre, dès 1920, le développement se maintint jusqu’à la crise des Années 30 marquées par la désaffection de la clientèle Anglaise, compensée par la fidélité des familles du nord. La deuxième guerre mondiale entraîna la destruction du casino, de la moitié des 17 Grands Hôtels, de 14 Pensions de Famille et de nombreuses des 800 villas de 1939.

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