Ch 1 : 2 – Naissance d’une église

Chap 1 – 2 : Naissance de l’église

-1- Abbé Lebègue : une nomination à Wimille bien contestée !

Mais attardons nous sur la naissance de l’église :

Une visite faite en 2016 aux archives diocésaines à l’évêché d’Arras, a permis de faire quelques trouvailles et corriger des erreurs commises, faute d’avoir eu auparavant tous les éléments en main.

La découverte la plus surprenante a été trouvée dans les archives diocésaine de la paroisse de Wimille. En effet, dès 1859, de nombreux paroissiens apprenant que leur curé – l’abbé Roger – allait quitter la paroisse pour être remplacé par l’abbé Le Bègue, futur bâtisseur de l’église de Wimereux, ont écrit à l’évêque pour lui demander de revenir sur cette nomination et nommer à sa place, l’abbé Ellart, le vicaire. Parmi les auteurs de ces courriers, figurent le maire de Wimille et le Baron de Rosny. De leurs côtés, l’abbé Roger et le vicaire bien gênés par cette situation, écrivent eux aussi à l’évêque pour lui confier leur embarras, ne voulant être soupçonnés d’être les auteurs de cette cabale. L’évêque n’est pas dupe. Sur le courrier du Baron de Rosny, daté du 15 février 1859, on a trouvé une annotation du Prélat disant « lettre fort embarrassante et qui prouve une fois de plus qu’on ne pourra pas déplacer Mr Ellart sans soulever des tempêtes. Le 18, écrire à Mr Ellart une bonne lettre pour qu’il prépare la voie à Mr Lebègue ».

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°1)

Finalement, l’arrivée de l’abbé Lebègue se fera bien. Et si cette dernière avait été très mouvementée, la municipalité de Wimille lui rendra un vibrant hommage à son décès quelques années plus tard, au vu de tout ce qu’il avait réalisé.

-2- Quand la pierre cède devant le bois : un projet revu à la baisse, pour un résultat surprenant !

Concernant la construction de l’église du hameau de Wimereux, les archives nous apprennent que le projet initial prévoyait une voûte de pierre. Cependant, l’abbé Lebègue avait peur de ne pouvoir trouver les finances nécessaires. En outre, la durée des travaux aurait été allongée du fait de la nécessité de renforcer les murs de l’église pour qu’ils puissent supporter le poids de la voûte. Aussi, l’abbé est contraint de revoir ses ambitions à la baisse et s’en explique (et s’en excuse !) dans un courrier daté du 11 janvier 1866, adressé à l’Evêque, dans le style très emphatique de l’époque, mais néanmoins non dénué de finesse (à lire absolument !)

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°2)

-3- L’église de l’Immaculée-Conception sort de terre

Finalement est retenu le projet d’Alphonse Bouloch, d’abord agent voyer puis architecte à Boulogne, agréé pour les travaux communaux le 5 mai 1851. Il a de plus réalisé la restauration du presbytère de Wimille en 1857.

Pour avoir plus de renseignements sur Alphonse Bouloch, cliquer sur la vignette ci-dessous qui redirige vers l’article concernant les architectes ayant agit pour la construction de l’église de Wimereux.

La réalisation du nouveau lieu de culte est confiée à Messieurs Varlet et Lacour, entrepreneur à Boulogne, et la première pierre est posée le 17 novembre 1866.

Comme pour beaucoup d’églises et de cathédrales, celle de Wimereux est orientée vers l’Est, en direction du soleil levant. La symbolique du soleil et de la lumière est très présente et importante dans le christianisme. Dieu est « lumière du monde ». Pour cete même raison, on utilise beaucoup les cierges, comme celui allumé à Pâques ou ceux entourant les défunts lors de leurs funérailles.

Les travaux de construction sont évalués à 45 000 Fr. Labbé Lebègue tient à participer avec un don de 10 000 Fr. Pour réunir la somme manquante, une souscription est lancée et tout le monde veut y participer : certaines offrandes de 500 Fr., de 1000 Fr., sont faites par des familles qui n’auront jamais besoin de fréquenter le nouveau lieu de culte. Les ouvriers, les pauvres même, veulent apporter leur contribution. Un cordonnier sans fortune donne 50 Fr., regrettant de ne pas pouvoir participer davantage. Les enfants prennent également part à l’effort commun ; une quête faite dans les écoles permet de récolter 80 Fr. L’effort de tous s’avère malgré tout insuffisant. On arrive seulement à 38 000 Fr., il reste encore 7000 Fr. à trouver. Aussi, l’abbé Lebègue soumet le problème au maire. La commune de Wimille, qui ne peut débourser cette argent en raison de la construction de son école (35 000 Fr.), décide de se tourner vers l’État pour demander la somme manquante. Dans un courrier du 28 février 1868, le conseil municipal transmet au préfet une délibération, documents à l’appui, par laquelle il demande d’intervenir auprès de l’État afin d’obtenir une subvention pour l’achèvement des travaux. Dans sa requête, il précise que cette construction répond à un besoin de la population, qu’elle est bâti sur un terrain communal, et est destiné à devenir propriété de la commune.

Le 17 juillet 1868, le Ministère des Cultes, en réponse au dossier transmis par le préfet, notifie à ce dernier que la demande est rejetée, au motif que « les crédits affectés aux besoins des églises et presbytère sont exclusivement réservé aux édifices pourvu de titres paroissiaux. L’église de Wimereux n’étant ouverte au culte sous aucun des titres de cure, succursale ou de chapelle vicariale, ne saurait être l’objet d’une allocation sur ses crédits. »

Malgré ces difficultés, les travaux avancent rapidement. 18 mois seulement après la pose de la première pierre, en juin 1868, l’église est pratiquement terminé…

-4- Une des premières églises sous le vocable de l’Immaculée-Conception

Le 8 décembre 1854, le pape Pie IX, dans sa bulle Ineffabilis Deus, définit le dogme de l’Immaculée Conception par ces mots : « nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélé par Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles ».

C’est sous ce nom que, quatre ans plus tard, le 25 mars 1858, la Vierge elle-même s’est présentée à Bernadette Soubirous à la grotte de Massabielle, à Lourdes, en lui disant en Gascon : « Que soy era immaculada councepciou » (Je suis l’immaculée Conception)

L’église de Wimereux est par conséquent une des premières – sinon la première – en France à être placée sous ce vocable.

-5- Consécration de l’église

Arrivé le 26 juin 1868 à Wimille, Monseigneur Lequette – évêque d’Arras, Boulogne et Saint-Omer – est accueilli par le maire et l’abbé Le Bègue, qui le remercient, malgré son emploi du temps chargé, de présider la cérémonie. En son honneur, les habitants de Wimille ont pavoisé leurs maisons, les chemins sont jonchés de fleurs et de verdure, et l’évêque, très touché, leur témoigne ses remerciements par des paroles pleines d’affection.

Le lendemain, le 27 juin, Monseigneur consacre le nouveau lieu de culte, entouré d’une vingtaine d’ecclésiastiques des paroisses avoisinnantes. Au cours de la cérémonie, il parle du symbolisme des cérémonies saintes. Cette première eucharistie est également l’occasion, pour toutes les personnes rassemblées, de remercier le curé pour son initiative et sa persévérance pour voir aboutir le projet, malgré les difficultés qui paraissaient insurmontables. Après la messe pontificale, un dîner d’une quarantaine de couverts est donné au presbytère auquel sont présents le clergé et une partie des généreux donateurs de la souscription. Enfin, l’après-midi, Monseigneur donne la confirmation dans la nouvelle église qui ne peut contenir la foule des fidèles heureux de pouvoir prendre part à la joie qui rayonne sur tous les visages.

-6- Description du nouveau lieu de culte

Pour l’église de Wimereux, l’architecte Alphonse Bouloch, a choisi le style religieux du XIIIe siècle (style : Néo-classique « administratif »). C’est un édifice à 3 nefs qui mesure 38 m de longueur sur 13,50 m de largeur, et qui permet d’accueillir 500 personnes. La voûte de la nef centrale est en berceau ogivale lambrissé (qu’on appelle également voûte en carène renversée) soutenue par des poutres en entraits. Les voûtes du choeur sont en maçonnerie, supportées par des colonnettes en pierre de taille. Les bas-côtés sont éclairés par 12 fenêtres garnies de grisailles et la nef centrale par des fenêtres géminées. Le chœur est orné de cinq grandes fenêtres surmontées de rose trilobées ornées de vitraux coloriés.

Au-dessus de la porte d’entrée, trois fenêtres surmontées d’une rosace éclairent la tribune et la nef centrale. Contrairement à ce que demandait une bulle pontificale au XIIe siècle, à savoir que les clochers des églises soient coiffés d’un coq, symbole du passage des ténèbres à la lumière, celui de l’église de Wimereux se compose d’une flèche en pierre, surmonté d’une croix, et se trouve à droite de la façade, en prolongement du bas côté Sud.

On y place l’unique cloche qui porte le nom de Marie Louise Camille. Elle a pour parrain Édouard Louis Martial du Soulier, et pour marraine Marie Camille de Chalembert de Froissy.

Une sacristie est construite près du chœur et se trouve reliée à l’église par un passage couvert.

Les pierres utilisées pour la construction proviennent des carrières de Marquise et de Creil pour les piliers et les colonnettes, encadrement des portes et des fenêtres, façades des contreforts, arcades et corniches, et des pierre du pays pour la maçonnerie des murs.

L’abbé Robitaille, qui relate de la consécration du nouveau lieu de culte dans l’annuaire du diocèse d’Arras pour l’année 1869, encense la réussite architecturale en ces termes : « le tons des matériaux et le système de la construction franchement accusé donnent l’ensemble de l’édifice un cachet de grandeur et de solidité parfaitement en rapport avec son auguste destination ». On verra que l’enthousiasme du début sera de courte durée…

 

Le sol est pavé de marbre noir de Belgique (ville de Basècles, dans la province du Hénault) et de marbre blanc du boulonnais. Le maitre-autel, surmonté d’une exposition en chaîne, est réalisé en pierre de Caen par Constant Laurent sculpteurs à Boulogne. Ce dernier a une certaine notoriété dans la région, puisqu’il est déjà l’auteur, en 1862 à la basilique Notre-Dame de Boulogne, des statuts qui ornent la base du premier tambour du dôme et de celles des docteurs et théologiens, qui se trouve au sommet des bras du transept et de la croisée. Il a de plus sculpté vers 1870 la Dormition de la Vierge qui se trouve dans la salle du dôme de la crypte de la basilique.

Lors de la consécration, l’aménagement intérieur est loin d’être terminée. Il n’y a pas d’autels latéraux, de table de communion, de confessionnaux, ni de chaire de vérité. Tout sera mis en place progressivement et enrichi grâce aux dons de particuliers : Madame Eugène de Rosny offre l’exposition et le tabernacle, le parrain de la cloche offre les chandeliers de l’autel, la marraine offre un superbe ostensoir de style gothique, et enfin Madame Dura, comtesse de la Rochejaquelain, achète une magnifique lampe du même style.

En 1873, l’église est totalement achevé. On aurait pu penser alors que l’abbé Lebègue, son œuvre accomplie, allait se reposer. Eh bien non ! Entièrement dévouée aux autres, il s’attelle à la construction, non loin du chevet de l’église, d’un asile, et y installe trois religieuses de l’Immaculée-Conception : une pour s’occuper des petits-enfants, la seconde pour diriger un ouvroir de jeune fille, la troisième pour rendre visite aux malades et s’occuper des plus pauvres. En 1875 le curé fait don de l’établissement à la commune de Wimille.

-7- Décès de l’Abbé Lebègue

Après avoir consacré tout son temps et son énergie au service de Wimille et Wimereux, l’abbé Lebègue meurt le 19 février 1876 à l’âge de 63 ans. Dans la région, l’émotion et la tristesse sont considérables. Les archives municipales de Wimille lui rendent hommage en ces termes :  » Le Conseil Municipal, considérant que M. Le Bègue décédé curé de Wimille le 19 février 1876, à l’âge de 63 ans, a accompli de grandes oeuvres dont les bienfaits lui survivront, en restaurant avec goût le choeur et les chapeles de l’église de la paroisse, en édifiant la gracieuse église de Wimereux, en construisant sous son habile protection et au prix de grans sacrifices, la spacieuse école du hameau, en faveur de la commune, dont l’établissement avec fondation de trois religieuses dotées par une main généreuse, rend de grands services à l’enfenace et à la jeunesse, par sa classe des petits enfants et par son ouvroir où les jeunes filles apprennent la couture pour confectionner et entretenir le linge et les vêtements dans les familles… décide à l’unanimité qu’une concession gratuite de terrain est accordée à perpétuité à la tombe du regretté M. le curé Le Bègue ».

Le bon curé, dès le départ, avait deviné que Wimereux allait rapidement jouir d’une grande prospérité, qu’elle deviendrait tôt ou tard une commune à part entière, et qu’une nouvelle paroisse avec un curé attitré allait naître. Soucieux de l’avenir de son église, il est lègue à la commune de Wimille , dans son testament, un terrain pour pouvoir construire un presbytère et y loger les futurs curés.

-8- Fresques peintes par l’abbé Hoffman

L’Abbé Hoffman, vicaire de Wimille, décide de mettre ses talents d’artiste au service de la nouvelle église. Il avait déjà orné de magnifiques fresques les murs et les piliers de l’église de Wimille (ses peintures disparaîtront avec la seconde guerre mondiale) et il peint, en 1886, la voûte de celle de Wimereux . (Il mourra 4 ans plus tard en 1900). Le décor, réalisé au pochoir, est composé de motifs géométriques et entrelas fleuraux d’où émergent une fleur de lys. Il décore également les murs de frises, ainsi que le fronton du chœur, mais ses peintures restent inachevées.

Ci-dessus : Aspect de l’intérieur de l’église avant la réalisation des fresques des murs latéraux de la nef (une partie est faite sur le mur oriental de la nef en avant du chœur)

Ci-dessous : Toutes les fresques sont peintes, y compris le lambris du plafond

Déjà, à cette occasion, on commence à constater la mauvaise qualité des matériaux utilisés et le peu de solidité de l’édifice. En 1903, Alphonse Lavogez évoquera le problème dans son «guide du littoral boulonnais » (réédité en 2011 par les éditions du Petit Fleuve).

-9- La chapelle devient église paroissiale et reçoit son 1er curé : 26 ans après le décès de son fondateur

Bien que Wimereux soit devenu commune à part entière en 1899, l’église continue, depuis le décès de l’abbé Lebègue et 26 années durant, d’être desservie par le curé de Wimille, l’abbé LEFEBVRE. Aussi, en 1901, Monseigneur Alfred Williez, successeur de Monseigneur Lequette à la tête du diocèse d’Arras, adresse des propositions au président de la république (lettres des 18 juillet et 13 décembre) pour que la chapelle de secours devienne paroisse. Ce dernier, par un décret du 7 avril 1902, accède à la demande. Peu de temps après, par une ordonnance du 28 avril 1902, Monseigneur Williez déclare l’église de Wimereux « paroisse succursale attaché à l’église de Bainghen », en attendant d’avoir son propre curé. (Bainghen est un petit village situé à 25 km de Wimereux).

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°3)

Dans l’attente de la nomination d’un pasteur, c’est l’abbé Lefebvre qui continue d’officier, tandis que Monseigneur Williez nomme comme membres du Conseil de Fabrique de l’église de Wimereux : Monsieur Bécue (de Terlincthun), le Docteur Mahieu et Monsieur Bernard (ces derniers habitants Wimereux). Dans le même temps, il demande au Conseil municipal, sans attendre que le futur curé soit nommé, de voter pour ce dernier une indemnité annuelle de 200 francs pour une seconde messe, et un traitement pour le chantre. Le Conseil vote immédiatement l’indemnité au prêtre, mais décide d’attendre, pour le chantre, que la nécessité s’en fasse sentir.

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°4)

Le 1er juillet 1902, l’abbé Georges Pourcheau est nommé curé de la nouvelle paroisse. Le presbytère n’étant pas construit (des travaux débuteront en 1903), il loge à la Villa les Lyciets, quai du laboratoire (aujourd’hui Alfred Giard). Cette villa, est devenu ensuite une pension de famille (la British Pension), puis une maison de repos pour les jeunes filles protestante. Aujourd’hui, c’est la résidence La Falaise.

(article établi à partir du livre d'Arnaud Destombes :

 "Immaculée-Conception de Wimereux - Histoire d'une église, histoire d'une paroisse ...)

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