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Chap 5-2 : Une Restauration Visionnaire par le R.P. H Delpierre (1952-1967)

Chap 5-2 : Une Restauration Visionnaire par le R.P. H Delpierre (1952-1967)

Paragraphe 2 : 55-67 : Transformations pré-conciliaires

-1- R.P. Delpierre : moine bâtisseur : restauration, transformation, embellissement

Le Père Delpierre, sensible aux nouvelles consignes du Concile Vatican II en cours d’élaboration, en matière de diffusion de l’art sacré, décide, dès 1956, de profiter des travaux de restauration dans le cadre des dommages de guerre, pour réaménager totalement l’espace liturgique. Il fait appel à des artistes qu’il a connus à Wisques et à d’autres dans la mouvance de « La Nef », association d’artistes laïcs et religieux (dont les pères artistes de l’Abbaye), née à Boulogne-sur-Mer, pour promouvoir l’art sacré (pour plus d’information, voir l’article sur Henry Lhotellier). Le mot d’ordre de cette restauration est : simplicité. Le Père définit ainsi le style qu’il veut donner au lieu de culte : « La qualité du sacré réside dans une beauté des formes, non dans une abondance ou dans une subtilité des effets et de la décoration… ». La transformation du lieu de culte est spectaculaire : plus de banc de communion, mais une table, à hauteur d’homme agenouillé, réalisée en pierre de Marquise. L’entrée du chœur est fermée par une simple chaîne de fer forgé. Le nouveau maître-autel est dressé le 25 mai 1957. Une sculpture polychrome de Claude Gruer, « Les Compagnons d’Emmaüs », est fixée dessus. (cf article sur « Les compagnons d’Emmaüs »). Tout comme ceux des chapelles latérales, l’autel central est en délit, cette pierre brune qui sépare les couches de marbre à flanc de carrière. Derrière, domine un Christ en bronze doré du sculpteur parisien Jean Lambert-Rucki, réalisé dans les ateliers de François Biais, orfèvre à Paris.

Le Père Delpierre achète en 1958 un autre Christ de Lambert-Rucki : il le positionnera derrière l’autel de la chapelle Notre-Dame (Ce Christ qui n’est plus en place actuellement, il sera remplacé par le nouveau tabernacle de 1968).

Jean Lambert-Rucki (1888-1967) est un artiste polonais de renommée internationale, naturalisé français. Il suit les cours de l’académie des Beaux-Arts de Cracovie. Arrivé en France en 1912, il travaille avec Modigliani et pendant la Première Guerre Mondiale, il s’engage dans l’armée française. Membre de l’Union des artistes modernes en 1931, il participe à de très nombreuses expositions, tant en France qu’à l’étranger, en son nom ou en collectif.

Derrière l’autel, les stalles ont été déplacées et garnissent le fond du chœur. L’ancienne clôture de la chapelle de la Vierge devient clôture des stalles. Le tabernacle, situé sur la gauche quand on regarde l’autel, est protégé par une fenestrelle en fer forgé.

Les marbres utilisés dans le chœur proviennent des carrières du Boulonnais. Le Père ne pensait pas à l’époque que, 50 années après et suite à la cessation de leur exploitation, ils deviendraient un vestige de la richesse de la région.

Dans le transept sud, le Père a confié la garde de l’autel du Saint-Sacrement à Notre-Dame de Boulogne, conservant ainsi la volonté de l’abbé Pourchaux. Un second Christ de Lambert-Rucki respect l’atmosphère volontairement dépouillé de ce transept que ferme, adossé à la sacristie, l’ancien calvaire. Ce dernier, qui se trouvait autrefois au centre de la nef, face à la chaire, avait été endommagé lors de la guerre. Les paroissiens y étant attachés, le Père l’a fait restaurer et l’a placé à l’endroit qu’il occupe aujourd’hui, dominé par l’ancien pseudo-« jubé » ou portail qui était placé à l’origine à l’entrée.

Au centre de la nef, plus de chaire écrasante, mais une simple pierre protégée par l’Ange de la Vérité, sculpture de Claude Gruer, lequel a également réalisé le nouveau chemin de croix.

A gauche de l’entrée, la chapelle des fonts baptismaux a été restaurée. La cuve baptismale est un monolithe en pierre de Marquise fermé d’un couvercle de bronze, oeuvre du sculpteur Nicole Hémard. Sur le pourtour : une phrase latine, extraite de l’épître de Saint-Paul au Romains, qui dit ceci : « afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie éternelle ».

Nicole Hémard (1936-…) baigne dès l’enfance dans le milieu artistique avec un père décorateur. Très tôt, elle entend l’appel de la création, mais cette passion est tempérée par la volonté parentale. Aussi mène-t-elle de front des études classiques et des études à l’école de Beaux-Arts de Boulogne-sur-Mer, où elle est l’élève d’Augustin Demizel et Monsieur Barbezat, qui ont été tous deux directeurs de l’établissement. Ses goûts créatifs se précisent et elle s’arrête quelques temps dans la Sarthe, à Solesmes, dans l’atelier de Claude Gruer. Tandis qu’elle enseigne les lettres classiques, elle occupe ses loisirs à modeler la terre, sculpter le bois et la pierre. En 1966, elle se consacre totalement à l’Art Sacré. Elle travaille beaucoup dans les communautés religieuses et les églises. Autres « cordes à son arc » : la décoration des cierges pascals, tâche qu’elle assure pendant de nombreuses années et la musique avec la direction de la chorale paroissiale de wimereux. Elle est aujourd’hui retirée à Inxent, petit village de la Vallée de la Course.

Deux confessionnaux, également en pierre d’Hydrequent, sont placés de chaque côté de la nef, dans les bas-côtés ; ils complètent l’aménagement.

Lors de la libération de Wimereux, la plupart des vitraux avaient été détruits. Seuls quelques-uns subsistaient, comme ceux du chœur. Pour remplacer les verrières manquantes, trois maîtres verriers furent contactés en 1957  : Henry Lhotellier, Maurice Rocher et Jacques le Chevallier. Finalement le Père Delpierre n’en retiendra que deux : le boulonnais Henry Lhotellier, qui propose un devis de 1 923 429 Frs pour le remplacement de l’ensemble des vitraux, et Maurice Rocher dont l’atelier se trouve à Versailles, et qui présente également des devis se montant à 589 123 Frs pour les cinq baies du chœur et 574 359 Frs pour les six fenêtres du transept. Dans ce devis est précisé que les maquettes doivent être fournies aux ateliers Degusseau à Orléans pour la mise en oeuvre.

Qui sont Henry Lhotellier et Maurice Rocher ?

Henry Lhotellier (1908-1993) est né à Calais. Il suit une formation juridique puis d’histoire de l’art et d’arts plastiques à Lille. Il quitte sa carrière juridique en 1935 pour se consacrer à l’art du vitrail et s’installe à Boulogne-sur-Mer. Il réalise ses premiers vitraux dans l’église Sainte-Ide d’Ostrohove. En 1952, il en réalise 5 pour la chapelle du Saint-Sang à Boulogne. Son oeuvre dans le boulonnais est importante. On peut citer : à Boulogne-sur-Mer, le petit séminaire en 1954, l’église de Le Portel en 1955, des vitraux pour l’hôpital Saint-Louis ainsi que ceux de la chapelle de l’école Godefroy-de-Bouillon en 1961, pour la chapelle des Dominicaines en 1970 et pour la chapelle du calvaire des marins en 1974. Il réalise également de nombreux travaux pour des demeures privées.

Maurice Rocher (1918-1995) est formé aux Ateliers d’Art Sacré auprès de Maurice Denis et Georges Devallières. Il réalise des fresques dans une première partie de sa carrière, puis à partir de 1947 se consacre au vitrail. Il collabore avec Paul Bony, et à partir de 1950 avec l’atelier de Jacques Degusseau à Orléans. Après la seconde guerre mondiale, il réalise de très nombreux vitraux dans les églises détruites de Normandie. Dans le Nord-Pas-de-Calais, un triptyque pour la chapelle des Augustines du Précieux Sang à Arras. Il commence une véritable carrière de peintre après 1970, même si auparavant il n’a jamais délaissé la toile.

Henry Lhotellier n’est pas un inconnu pour le Père Delpierre : il fait partie de l’association « La Nef ». Le Père désire confier à lui seul la réalisation de l’ensemble des vitraux. Il exprime son souhait au maire dans un courrier daté du 10 avril 1957, et insiste également auprès de l’architecte Paul Merlin afin qu’il penche vers ce choix. Finalement, Maurice Rocher se voit attribuer la réalisation des verrières du chœur et du transept. Henry Lhotellier est chargé, quant à lui, du remplacement des 9 verrières des bas-côtés, du vitrail de la chapelle Notre-Dame de Lourdes, de la réalisation de la rosace, d’un vitrail pour le tympan évidé du portail, d’un vitrail en bas de l’escalier du clocher, ainsi que de 9 verres colorés, enchâssés dans la menuiserie du portail d’entrée.

De nombreux courriers seront échangés entre le vitraillistes et le Père. Pour les verrières du chœur, Maurice Rocher, dans un courrier du 11 décembre 1957, propose pour le vitrail central, une « Vierge glorieuse » avec, en-dessous, la Dormition. De part et d’autre, 8 scènes de la vie de Marie : à gauche : « Annonciation », « Visitation », « Nativité », « Fuite en Egypte » ; à droite : « Présentation au Temple », « Jésus rencontre sa mère », « Crucifixion », « Piéta ». Maurice Rocher termine sa lettre en demandant au Père son opinion. On sait aujourd’hui que ces propositions seront acceptées.

Afin d’installer les nouveaux vitraux du chœur, les anciens (épargnés par les bombardements) sont déposés, restaurés par les ateliers Degusseau, et mis en mesure afin d’être placés dans les fenêtres du clocher, de la façade et de la fenêtre aveugle qui se trouve au dos de la chapelle Notre-Dame de Lourdes. Ces travaux seront exécutés pour la somme de 160 000 Frs.

Le Père Delpierre n’oublie pas les vases sacrés et autres objets liturgiques : François Biais réalise un ostensoir, et transforme un calice et un ciboire. Les établissements Chéret, de Paris, fournissent un encensoir. Les chandeliers d’autel, d’applique, croix, fenestrelles, sont réalisés par Monsieur Pierre Lemor, ferronnier à Boulogne-sur-Mer.

La statuaire d’avant-guerre disparaît progressivement de l’église, en plaçant d’abord les statues face aux vitraux, puis ceux-ci s’éclipsant devant eux.

Les travaux qui ont radicalement transformé le lieu de culte ont d’abord été difficilement acceptés par les paroissiens les plus anciens, attachés à l’église de leur enfance. Mais petit à petit le Père a su gagner leur confiance et, à la fin, c’est toute la paroisse qui appuie le pasteur dans ses démarches.

Avec l’église, le Père Delpierre fait également rénover la salle Jeanne d’Arc et la maison adjacente (présence de champignons).

En récapitulatif, voici les noms et portraits des artistes ayant intervenu dans la décoration intérieure de l’église lors de la restauration entreprise par le R.P. H. Delpierre à partir de 1954. Cette décoration est celle actuellement visible lorsque vous visitez cet édifice. Vous pouvez cliquer sur leurs vignettes pour découvrir leurs biographies respectives.

-2- La « Troupe de l’Amitié » : des paroissiens, comédiens amateurs, sur les planches

Dans les années 50, une troupe de théâtre qui s’est donnée le nom de « Troupe de l’Amitié », se produit régulièrement sur la scène de la salle Jeanne d’Arc. Une quinzaine de paroissiens, parmi lesquels : Henri Ohier, Odette Wasselin (directrice de l’école libre, qui occupe la fonction de souffleur), Francine Boulanger, Henriette Rohart, forme la troupe, sans compter toutes les personnes qui œuvrent en coulisses pour la réussite de ces représentations (costumes, éclairages, décors…). En faisait également partie le Caporal Alfred Capillier, qui a donné son nom à la salle à sa mort en 1958. Parmi les pièces données par la troupe, on trouve « Le Rosaire », drame en 3 actes tiré de l’oeuvre de l’auteur anglais Florence Barclay, qui sera joué en 1956, ou « A la monnaie du pape » de Louis Velle, dont une représentation sera donnée le 10 mars 1957, à l’occasion de l’inauguration de la restauration de la salle. Parfois la troupe se produit à l’extérieur, comme le 26 janvier 1960, où elle donne une représentation de la pièce « Ces dames aux chapeaux verts » au théâtre de Boulogne. Véritable « cheville ouvrière » de la troupe, le Père Delpierre endosse le rôle de metteur en scène, veillant au moindre détail. Chaque pièce nécessite, on l’imagine bien, de longues semaines de préparation, avec l’apprentissage des textes et les répétitions que cela suppose. La belle aventure durera quelques années puis s’arrêtera.

-3- Consécration du maître-autel : symbole de la fin des travaux de restauration

Le dimanche 27 juillet 1958, Monseigneur Perrin, moins de 10 ans après avoir confié au R.P. Delpierre la mission de relever la paroisse, revient à Wimereux procéder à la consécration du nouveau maître-autel, laquelle – pour reprendre les mots du Père Delpierre – « met le sceau à la restauration de l’église ». A 16 heures, les cloches sonnent à toute volée et de nombreux paroissiens répondent à leur appel. Le maire accueille le prélat, puis c’est au tour du Père Delpierre qui lui exprime sa joie de le recevoir. Au cours de son allocution, il justifie les dépenses engagées pour rénover et embellir l’église, en reprenant ces mots de Saint Pie X, qui demandait aux prêtres de « préparer un digne cadre aux rites divins ». Il explique enfin la symbolique recherchée à travers les vitraux : « Par le jeu progressif de la lumière qui tombe es vitraux de la rose, d’Henry Lhotellier, dans la nef, de ceux de Maurice Rocher dans le transept et le chœur, nous avons voulu qu’en passant du tumulte et de la lumière extérieure à la pénombre de l’église, le peuple chrétien se sente arraché au monde de la rue, dépassé par une force supérieure, unifié par la communion à un même idéal surnaturel ».

Au cours de la célébration, la chorale interprète les chants de l’office, accompagnés par Pierre Quéval, organiste à Boulogne-sur-Mer. Pour la consécration du maître-autel, Monseigneur Perrin est accompagné des chanoines Charlet et Maréchal. Les différents rites, que dirige Dom Houssain, cérémoniaire de l’abbaye de Wisques, sont commentés par le Révérend Père Dom Guily. Après avoir béni l’autel avec l’eau grégorienne, aidé de Monsieur Wasselin, marbrier, l’évêque scelle la pierre contenant les reliques de Saint Pie X, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Saint Victor, Sainte Fatimat, Sainte Aurélie, Sainte Justine et Saint Benoît. C’est ensuite l’encensement des cinq croix puis la table est enduite de saint chrême, avant que monte la flamme purificatrice. La croix dressée par 4 forgerons, les chandeliers et les nouveaux linges de l’autel, sont également bénis, puis arrive la célébration de la messe. A l’issue de l’office, une réception rassemble autour des autorités civiles et religieuses de nombreux paroissiens. Monseigneur Perrin remercie toutes les personnes venues assister à cette cérémonie « très longue, mais que l’ambiance a su rendre courte ».

-4- La Chaufferie du chauffage à air pulsé

En 1964, le Père Delpierre fait installer un pièce supplémentaire (la chaufferie) derrière la sacristie, destinée à recevoir la chaudière d’un système de chauffage à air pulsé installé la même année.

(article établi à partir du livre d'Arnaud Destombes :

 "Immaculée-Conception de Wimereux - Histoire d'une église, histoire d'une paroisse ...)

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