Abbé Jean-Pierre Boutoille

L’abbé Jean-Pierre Boutoille

L’abbé Boutoille est né à Tunis le 7 novembre 1942. Il a été ordonné prêtre le 27 juin 1971 à Arras et nommé curé à Harnes. Il sera doyen de Calais, vicaire épiscopal de l’évêché, il est également porte-parole du collectif de soutien d’urgence aux réfugiés C’SUR et nommé prêtre à Saint-Martin-les-Boulogne en septembre 2004.

En plus de cette dernière qui deviendra la paroisse nouvelle « Saint-Martin-en-Boulonnais » avec le rattachement de Pernes, Pittefaux, Conteville, La Capelle et Baincthun, puis en 2008 des églises de Wimille et Wimereux, l’abbé Boutoille prend également par la suite en charge la paroisse nouvelle « Saint-Paul-en-Boulonnais » qui regroupe les clochers de Saint-Patrick, Saint-Jean-Baptiste et Sainte-Bernadette.

Bien que curé de Wimereux, il ne loge pas au presbytère, mais continue d’habiter à Saint-Martin.

Vous retrouverez la période de l’histoire de l’église de l’Immaculée-Conception concernant l’Abbé Boutoille au chapitre 9 du « Récit d’une aventure » en cliquant sur :

Flash-back sur une vie de foi et d’actions
contre la misère et l’injustice : 

-1- DÈS L'ENFANCE : FORMÉ AU DON DE SOI ET INTERPELLÉ PAR LA SOUFFRANCE DES JEUNES

« Bien logiquement, je suis lié à l’histoire de mes parents. Avec un père gendarme on apprend à voyager. De ma naissance en Tunisie, en passant par Baden-Baden en Allemagne où mon père fut affecté dans les forces françaises d’occupation (TOA), puis Versailles, et Metz avant le sud du Pas-de-Calais. Le cheminement, qui a motivé mon intention de devenir prêtre, passe par deux étapes importantes. La première a lieu à Bapaume. Dans ma commune d’adolescence, des religieuses avaient en charge un orphelinat. Très proche de cette communauté, j’y ai appris la signification des mots générosité et don de soi. Ces enfants de deux à dix-huit ans étaient marqués d’une pauvreté intérieure. Je le ressentais particulièrement. J’étais à peine majeur, certains de ces « sans familles » me considéraient tout naturellement comme leur grand frère. La seconde chose est un livre : « Les Enfants de la rue », le témoignage d’un Père salésien de la congrégation de Don Bosco qui m’a marqué. A Naples, il avait créé un dispensaire accueillant des innocents livrés à eux-mêmes. Dans notre Europe des années soixante, c’était vraiment nouveau qu’un prêtre se consacre à améliorer le destin de garçons mineurs. Jeune homme, j’ai été interpellé par cette destinée. Mon père n’était pas un convaincu de l’Eglise, bien qu’il ne manifesta pas d’hostilité à son égard. En revanche, ma mère était catéchiste. Elle s’investissait auprès des plus fragiles, toujours disposée à l’écoute. Son tempérament communicatif l’aidait dans sa démarche auprès des autres. Elle avait été marquée par le décès de mon frère une semaine après ma naissance. Mes parents me sont encore aujourd’hui d’un grand soutien… »

-2- APRÈS 30 ANS DE MINISTÈRE A LENS, RENCONTRE AVEC LES MIGRANTS DE CALAIS

« Après une trentaine d’années dans le bassin minier de Lens, mon parcours est indissociable de celui des migrants. L’histoire est parfois étonnante. Nous sommes arrivés à Calais à la même époque. Dès l’automne 1997, les Tziganes de Roumanie, sur le chemin de l’exil, ont été rapidement suivis par des centaines d’hommes et de femmes fuyant la guerre du Kosovo. Leurs pays était ravagé. Sans logis, ces familles clandestines traînaient dans les rues, dormaient dans les jardins publics. Leur espoir reposait sur le passage en Angleterre, afin d’y rejoindre leur famille. Des associations caritatives comme le Secours Catholique, le CCFD, et des bénévoles de mouvements laïcs se sont mobiliés pour leur apporter une aide. On ne pouvait pas les ignorer. Nous étions atterrés devant cette détresse humaine, là, sous nos fenêtres. Une année entière, pendant laquelle les autorités sont restées indifférentes à ce drame. »

-3- 15 AOÛT 1998 : CRI DE COLÈRE FACE A L'INDIFFÉRENCE DEVANT LA SOUFFRANCE DES ENFANTS RÉFUGIÉS

« Le quotidien de ces familles kosovares était tragique. Pour les jeunes enfants, cette situation était encore plus difficile à supporter. Impossible à oublier le visage de cette petite fille de trois ans à peine. Généralement à cet âge, la frimousse est plutôt coquine. La sienne était tellement vieillie. Elle déambulait dans le parc Saint-Pierre avec une totale absence de sourire. Il lui manquait cette illumination propre aux enfants. Comment peut-on avoir du goût à la vie lorsque des cartons servent d’abris de fortune, lorsque les bancs de la cité deviennent des espaces de jeux ou des quartiers généraux ? Il nous falait agir. La fête de la mer, célébrée le 15 août à Calais, était la date propice pour plaider en leur faveur. Chaque année, le monde maritime ainsi que les personnalités locales se retrouvent en l’église Saint-Pierre-Saint-Paul à l’occasion d’une cérémonie. En cet été 1998, devant tant d’indifférence face à cette tragédie humanitaire, mon homélie a été plus virulante que d’ordinaire. Je n’acceptais pas cette absence de réaction. C’était intolérable de voir tant d’enfants si démunis, dont le seul crime était d’avoir accompagné leurs parents pour fuir la guerre. La presse régionale, représentée par « La Voix du Nord », a largement fait écho à mon « coup de gueule ». Les journalistes de ce quotidien ont par la suite évoqué le triste sort de ces familles en interpellant les autorités politiques. Ce combat pour la dignité humaine est également devenu le leur. Un mouvement est né et le centre de Sangatte est entré dans l’Histoire. »

-4- SANGATTE : UN CAMP AVANT LA TERRE PROMISE

« A huit kilomètres de Calais, Sangatte est ce petit vilage de huit cents âmes, devenu célèbre au-delà de nos frontières jusqu’en Asie et en Afrique. Sur l’un de ses terrains, un simple hangar en tôle qui appartenait à Eurotunel, l’utilisant pour stocker du matériel pendant les travaux de construction du tunne sous la Manche. Le ministère de l’Intérieur l’a réquisitionné le 24 septembre 1999 et sa gestion a incombé à la Croix-Rouge. Le financement étant assuré par le ministère de la Solidarité, des repas chauds étaient servis trois fois par jour, des vêtements disribués et des soins médicaux dispensés aux plus nécessiteux. Aux Kosovars ont succédé des Iraniens, des Afghans, des Irakiens, des Kurdes … Quelques cent vingt nationalités vont se croiser à Sangatte, dans ce centre d’hébergement provisoire, accueillant quotidiennement plus d’un millier de migrants. Des bénévoles affluaient de toute la région avec le soutien moral pour vocation. Ils assuraient également des cours pour apprendre à lire et à écrire, en français et surtout en anglais. Leur objectif premier était de se rendre vers leur « Terre promise », l’Angleterre. Le tunnel sous la Manche était à proximité. Ces réfugiés sont de grands marcheurs… Quinze minutes à pied ne les usent pas ! »

-5- LA PORTE DU PARADIS

« Ce tunnel est un moyen facile pour rejoindre la Grande-Bretagne. Un pays fortement attractif pour tous ces hommes et femmes, la carte d’identité n’y étant pas obligatoire. On peut être clandestin, travailler normalement et demander le droit d’asile, obtenu dans la grande majorité des cas au bout de trois ans. Le téléphone « arabe » a bien fonctionné. Au bout du long voyage, chaque candidat à l’émigration savait qu’il trouverait un accueil organisé dans le Nord de la France. Les exilés devenaient de plus en plus nombreux, et leur expulsion impossible en raison de la situation politique de leurs pays. Sangatte est devenu symbole de la porte de leur Paradis. »

-6- LES CLANDESTINS À L'ASSAUT DES CAMIONS

« Le centre de Sangatte était un lieu d’hébergement. Ces demandeurs d’un avenir moins incertain étaient libres de leurs mouvements. Dès la nuit tombée, commençait le même ballet de petits groupes ou d’isolés. La marche le long de la route débutait en direction des parking de poids lourds du Tunnel sous la Manche. Les clandestins s’y faufilaient derrière les bâches ou entre les roues. Rien ne leur faisait peur. Pourtant, cette cache est particulièrement dangereuse, mais ils ont déjà connu pire par le passé. Leur crainte était plutôt d’être découvert par la police et de repartir à la case départ : Sangatte. Le soir même, ils commençaient, car nombreux sont déjà les chanceux arrivés à bon port, à Douvres. Même au péril de leur vie ! Aujourd’hui encore, pour gagner l’Angleterre, les migrants se glissent à l’intérieur des camions ou imaginent des procédés plus audacieux en dessous de la remorque. »

-7- TOUT REPOSE SUR LES BÉNÉVOLES

« A Sangatte, le travail des bénévoles était remarquable pour la prise en charge des réfugiés. Je repense à ces deux infirmières, uniques représentantes du corps médical du centre. De précieuses alliées pour tous ! La présence des médecins était consécutive à une décision administrative. A mon grand regret, ils n’ont pas spontanément offert leur concours. Fort heureusement, la mission humanitaire du centre d’accueil a pu s’ordonner autour des habitants de la région, dans un grand élan de solidarité. Cette ouverture du coeur face à cette détresse humaine m’a beaucoup ému. »

-8- HOSTILITÉ A L'ENCONTRE DES REFUGÉS

« Certes, la générosité n’a pas été une cause commune pour tout le pays calaisien, car une certaine hostilité s’est installée dans la population locale. Les forces de l’ordre n’avaient pourtant pas recensé d’actes de violence ou de délinquance. Tout au plus, quelques incivilités et surtout des problèmes de cohabitation : « Qui sont donc ces étrangers ? Pour quelle raison sont-ils chez nous ? » Pour répondre à ces questions, des réunions ont été proposées à chaque maire de notre région. Ces responsables locaux n’ont même pas saisi cette opportunité, et au contraire, la peur a accompli son travail insidieux. La présence de ces âmes errantes fut progressivement diabolisée, en raison également des autorités politiques, qui n’ont pas été à la hauteur. Les camions de CRS sillonnant la ville à petite vitesse ne sont pas non plus symbole de sérénité, car ils sont associés à la méfiance. Les forces policières sont alors engagées pour protéger les citoyens contre l’ennemi tout désigné : l’étranger. »

-9- DES REFUGIÉS LAISSÉS SANS ABRI DANS L'INDIFFERENCE DES AUTORITÉS

« Les gouvernements successifs se sont désintéressés de ce drame humain. L’Etat s’inquiète uniquement lorsque des groupes d’hommes et de femmes montrent des velléités d’installation sur son territoire. Dans le cas présent, ces réfugiés étaient en transit. L’indifférence était donc de mise. Les associations de Calais font leur boulot caritatif, laissant les autorités politiques dormir allègrement. Je comprends la volonté de ces demandeurs d’asile de gagner l’Angeterre, un pays où l’on trouve indigne de laisser sans abri des étrangers. Ce n’est pas le cas en France, et je l’avoue, j’en suis parfois honteux… »

-10- UNE ÉGLISE POUR ABRITER LES RÉFUGIÉS CHASSÉS DU CAMP DE SANGATTE

« Lorsque le centre de Sangatte a fermé ses portes le mercredi 5 novembre 2002, cela a eu comme conséquences des situations encore plus dramatiques. Le lendemain, en pleine nuit, une quizaine d’exilés est arrivée à Calais. La pluie était violente. Il n’y avait plus d’endroit pour s’abriter, ni trouver un peu de repos, et encore moins se nourir. Le destin les a placés sur le même chemin qu’un jeune membre du collectif. Vers une heure du matin, la sonnette de mon domicile m’a réveillé. J’ai paré à l’urgence de la situation pour mettre au chaud ces égarés, les rassasier avant qu’ils ne ferment les yeux jusqu’au petit matin, où ils sont repartis. La nuit suivante, leur nombre s’est multiplié par quatre. L’information a très rapidement circulé sur le littoral. Les conditions climatiques étaient tellement désastreuses qu’une nuit à l’abri des intempéries devenait la plus précieuse des richesses. Le samedi soir, 127 réfugiés attendaient à leur tour un hébergement temporaire. Avec l’accord de la mairie, l’Eglise Saint-Pierre-Saint-Paul, fermée en raison de travaux, a été proposée comme asile provisoire. »

-11- LA FIÈVRE MEDIATIQUE SUR LES RÉFUGIÉS DE ST-PIERRE-ST-PAUL

« Que faire, face au sort de ces déracinés ? Tout ce qui compte dans la stratosphère politique du département s’est révélé au grand jour. La fièvre médiatique s’est emparée de la ville. Une vraie forêt de micros, caméras, appareils photo, qui rappelait l’épopée glorieuse des footballeurs calaisiens (au printemps 2000, notre équipe avait atteint la finale de la Coupe de France !). A nouveau, notre région était à la une du « 20 heures ». Cependant l’événement était, cette fois, plus malheureux et indigne. Sur le parvis de l’église, une nuée de journaistes, ceinturée par un cordon de CRS, se bousculait pour arracher quelques mots au jeune porte-parole. Quatre jours et cinq nuits… Quatre jours et cinq nuits de tractations pour résoudre le problème, de dialogues avec les deux interprètes kurdes et farsi. Il était de notre devoir de leur faire comprendre que ce rêve britannique est peu conforme à la réalité. A l’intérieur de l’édifice religieux, 127 hommes atendaient leur heure, sous la menace d’une expulsion de l’église par la force. Les bancs étaients transformés en d’inconfortables lits, les conditions sanitaires devenaient déplorables. Un jeune Afghan n’hésitait pas, dans un anglais approximatif, à hurler son désespoir. Il souhaitait même sa mise à mort par la police. Kaboul et ses proches n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Son pays, il l’avait quitté depuis deux ans… Avec toujours ce même souhait, un avenir de liberté ! »

-12- L'ÉVACUATION DE L'EGLISE POUR DEUX AVENIRS DIFFÉRENTS

« La seule issue possibe était l’évacuation, les règles hygiéniques élémentaires n’étant plus respectées. Mon sommeil a été écourté dans la nuit du dernier ultimatum. A ce moment de l’histoire de ces réfugiés, ma présence à leurs côtés était moralement primordiale. J’ai souffert de rompre le sommeil de tout ce groupe en actionnant la lumière de l’église. L’heure cruelle du départ vers d’autres horizons était arrivée. A l’extérieur de Saint-Pierre-Saint-Paul, deux camps s’opposaient avec une grande dignité. Certains de ces hommes avaient demandé le droit d’asile auprès de la police des frontières. Ils ont pris la route en autocar auprès des centres d’hébergements. Les autres ont refusé cette proposition, par peur ou par volonté de gagner l’Angleterre, vaille que vaille. Leur incarcération étant juridiquement impossible, leur remise en liberté était immédiate, pour reprendre une vie d’errance. »

-13- CRÉATION DU CSUR

« Difficile de désigner ces personnes comme des clandestins, terme à connotation péjorative. Nous préférons le mot « réfugiés ». Ils ont accompli une telle route pour trouver un refuge, celui de la liberté. A Calais, notre conscience nous a guidés sur le chemin du respect de la dignité humaine. L’impératif de la situation ressemble beaucoup à un voyage au bout de l’impasse. Avec plusieurs amis, la décision fut prise de créer le mouvement CSUR, le Comité de Soutien d’Urgence aux Réfugiés, qui regroupe ainsi une quarantaine d’associations. Il fallait faire vite. Les premières températures glaciales nous ont contraints à décupler nos énergies. (…) »

-14- MISE A JOUR DES GRANDS DÉFAUTS DE LA NATURE HUMAINE

« A l’occasion de tels confits, on voit resurgir les grands défauts de la nature humaine. Les membres du collectif ont effectivement été menacés, en raison de notre engagement aux côtés de l’étranger. Les réactions de certaines personnes se disant croyantes m’ont beaucoup peiné. D’autres, au contraire, se sont amplement révélées dans ce combat contre la misère. En s’investissant, ils ont redécouvert l’Evangile. Le devoir premier des gens d’Eglise est d’aller à la rencontre des plus humbles et de cheminer avec eux ».

-15- MÉCONNAISSANCE

« Les opposants les plus farouches à la présence de ces réfugiés ont une totale méconnaissance de la précarité de leur situation. Jamais ils n’ont pris le temps de s’informer, de nous rencontrer ou de proposer des solutions respectables. Encore une fois, nous évoquons le sort d’êtres humains… Ce sont nos frères et nos soeurs, marqués par l’épreuve traumatisante de la migration. Il ne devrait même pas y avoir de débat, tant il est logique de leur apporter notre soutien. »

-16- RESPECT

« Nous avons beaucoup à apprendre de ces migrants. Les irakiens et Iraniens ont une culture, une histoire sans commune mesure avec la nôtre. Tous les membres du collectif s’accordent sur ce point. Nous sommes tellement gagnants à leur écoute. Nous leur devons un immense respect, surtout après les misères endurées pendant leur vie et les conditions épouvantables de leur long voyage vers Calais parsemé de terribles épreuves : la faim, le froid, le racket, la difficulté de communiquer dans une langue étrangère, la peur permanente d’être contrôlé, et surtout des fins tragiques sous leurs yeux. Ils ne savent jamais si au bout de leur longue traversée se trouve la liberté, la police ou la mort. (…) »

-17- DE L'HUMANITÉ FACE À LA LOI INJUSTE

« Comment agir, quand, devant vous, un homme grelotte de froid, son visage marqué par la faim ? On ouvre une porte, on lui propose une soupe et une couverture. Les autres questions matérielles viennent plus tard, l’humanité prime. Au-dessus de la loi des hommes, lorsque celle-ci ne répond pas au respect de l’individu, il existe une loi supérieure, que connaissent les croyants, celle de Dieu. Dans l’un de ses discours, Martin Luther King a eu cette phrase à laquelle je souscris amplement : « Il y a deux catégories de lois. Celles qui sont justes et celles qui sont injustes. » Ce grand pasteur était le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. Mais inversement, il rappelait que chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes et de suivre les préceptes dictés par sa conscience. (…) »

-18- DÉSOBÉISSANCE

« Cette désobéissance civique, nous l’avons baptisée « délit de solidarité ». Elle s’est manifestée par une action concrète et d’une grande dignité. Pour les sortir de la rue, des Calaisiens ont accepté d’héberger des étrangers en transit. Ils se sont mobilisés autour de valeurs humanistes : la porte ouverte, le partage, la réciprocité de la confiance. Ce sont majoritairement des petites gens, qui ont laissé parler leur conscience. L’expérience d’une rencontre fraternelle a été l’élément déclencheur de cet élan du coeur. (…) »

-19- TOUS AMIS, INCROYANTS ET CROYANTS, À BAS LES PRÉJUGÉS

« Au sein du collectif CSUR, tous, croyants et incroyants, avec une grande différence dans nos engagements civils ou religieux, nous partageons une foi identique en l’Homme. Cette ouverture à l’autre est d’une telle richesse. Des personnes, que tout oppose, se retrouvent dans l’essentiel. Je n’aurais vraisemblablement jamais cheminé avec ce jeune instituteur, Mickaël, rencontré au comité. Moi, prêtre, lui, farouchement anticlérical, et comme beaucoup victime de préjugés et de jugements hâtifs sur la religion : son opinion sur les chrétiens a considérablement évolué. Sa découverte de notre générosité, de notre main tendue, l’a rendu humble. Le curé et le laïc sont devenus amis. Quel étonnant parcours sur cette route commune qui marquera à jamais notre vie ! »

-20- LES CHRÉTIENS NE SONT PAS DE SIMPLES DÉVOTS MAIS DES HOMMES D'ACTION, DANS LE RESPECT DES AUTRES RELIGIONS

« L’anticléricalisme me pèse. L’accomplissement de sa foi ne se limite pas à la prière ou à la fréquentation dominicale de l’église. En raison d’une méconnaissance totale de notre univers de croyants, on se dérobe derrière des discours établis. L’intolérance existe aussi dans les deux sens. On ne peut pas prôner l’ouverture à l’autre en considérant les catholiques avec sarcasme. L’acceptation de son prochain avec ses différences, c’est également accueillir sa croyance. Partager ces convictions avec les réfugiés, essentiellement de confession musulmane, ou avec mes amis du CSUR, permet d’avancer ensemble sur le chemin de l’humanisme. Notre volonté n’est pas de réaliser de grandes choses, mais d’accumuler les petites. A changer notre regard, nous nous sommes enrichis mutuellement grâce à cette expérience humaine d’une rare intensité. »

-21- LA FOI ET LES ACTES : INDISSOCIABLES

« En tant que croyant, l’incohérence est totale si on se limite aux beaux sermons sur le thème de la solidarité, sans un engagement personnel. Il faut joindre ses actes à la parole, comme ce fut le cas pendant ma formation de prêtre. J’avais intégré le mouvement de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), très populaire dans notre région minière. Ensemble, nous avons entrepris des actions de générosité. La pauvreté était palpable. Malgré tout, la population restait enthousiaste, chaleureuse, parfois auteur de gestes extra-ordinaires. En dépit de sa disparition aujourd’hui, la mine imprègne notre culture et toutes les générations. La dureté de la vie nous a forgé une éducation solidaire. Indéniablement, la réussite du mouvement autour des réfugiés à Calais trouve l’une de ses origines dans notre histoire collective. Une large majorité des membres du collectif est issue de notre accueillante région. »

-22- FIERTÉ D'APPARTENIR A L'ÉGLISE EN ACTES SANS ÉTAT D'ÂME

« La cause humanitaire est nécessaire et noble. Des amis religieux soutiennent également notre action. Devant notre engagement auprès de ces étrangers, certains chrétiens m’ont avoué leur fierté d’appartenir à l’Eglise. Où que l’on soit, il y a des combats pour l’homme à mener : contre l’isolement des personnes âgées, pour l’aide aux malades, dans l’accompagnement des personnes handicapées… Il faut éviter de se poser des questions « Est-ce que je dois ? Ou est-ce que je ne dois pas ? » Le négatif l’emportera, inévitablement, car les lâchetés existent (…)

-23- COUPABLES D'HUMANITÉ ! MAIS OÙ EST PASSÉE LA FRATERNITÉ

« Les membres du collectif ont été accusés d’avoir hébergé ces pauvres gens, qui passaient la nuit dans le froid. La solidarité n’est pas un délit. Nous avons simplement rempli notre devoir d’hommes-citoyens en appliquant la loi d’assistance à personne en danger. Dans la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, le troisième terme n’est pas respecté ! Et il est anormal que les gouvernements respectifs se déchargent totalement de l’aspect humanitaire sur les militants associatifs (…) »

-24- LE BON SAMARITAIN

« Le rappel de la parabole du Bon Samaritain n’est pas inutile. Cet homme s’arrête auprès de ce blessé rencontré sur la route, le soigne, le réconforte, le prend en charge et le confie à qui peut l’aider. Il ne pose aucune question, ni à lui-même, ni à cet étranger (…). Chaque acte de solidarité nous fait grandir dans notre conscience humaine. Chacun y gagne à sa juste mesure, en donnant de son temps, en apportant un don, en offant une soupe, des vêtements ou son toit pour une nuit. Apporter de la chaleur humaine. Etre un passeur de fraternité… »

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