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Boulonnais, un phare pour la chrétienté ? chapitre 1 : Définition de l’espace-temps

Le Boulonnais et sa cathédrale
phare pour la chrétienté au XIXe siècle ?
Quel rôle pour Wimereux ?

Conférence donnée par Richard Honvault
à l’église de Wimereux, le 1er juillet 2017,
à l’occasion de « la Nuit des églises »

(suite)

Chapitre 1 :
Définition de l’espace-temps

1.1 La question de l’espace : Wimereux, la commune de Boulogne-sur-Mer indissociable du Boulonnais.

Wimereux est indissociable de Boulogne et du Boulonnais :

Wimereux n’existe pas pour la majeure partie de notre période d’étude.

La commune de Wimereux est créée qu’à la fin de notre période d’étude en 1899.

De 1801 à 1899, Wimereux n’est qu’un hameau de Wimille.

  • 1851 : 1er recensement par rue et hameau pour la commune de Wimille : le hameau de Wimereux ne compte que 189 habitants.
  • 1866 date de la construction de l’église de Wimereux, le hameau compte 174 habitants et 42 maisons.
  • 1896 le hameau compte : 84 maisons et 313 habitants :
    • Les hameaux associés : Les Garennes (24 maisons et 110 habitants), Baston (dit Baton) (16 maisons et 67 habitants), Terlincthun (16 maisons et 80 habitants), Honvault (6 maisons et 35 habitants).
  • Au recensement de 1901, la commune de Wimereux compte 1109 habitants. Elle est au XIXème siècle un hameau de la commune de Wimille.

Le développement de Wimereux est parallèle à celui du Boulonnais : le hameau de Wimereux ne fait que suivre le mouvement.

Le Boulonnais est un ensemble social et économique.

Un exemple : La commune de Boulogne-sur-Mer n’est pas l’unique centre de gravité industriel et économique :

  • 1837 : l’exploitation des mines de houilles à Ferques et Hardinghen
  • 1838 : découverte et extraction d’un gisement de fer à Marquise permet de fonder la 1ère et principale usine métallurgique de la région (les frères Léon et Alexandre Pinart).
  • Desvres (région d’élevage) : un pôle de tanneries et d’ateliers de cordonnerie (depuis le Moyen Age)+ Faïence depuis 1650.

1.2 Les limites chronologiques de la conférences :

Traditionnellement le XIXème siècle : 1815-1914.

  • 1815 : congrès de Vienne
  • 1914 : début de la 1ère guerre mondiale marquant une rupture et une nouvelle étape politique sociale économique et humaine pour l’Europe.

Pour notre communication ces dates ne sont pas pertinentes.

Date de début : 1801 …. Un tournant sur le plan religieux pour le Boulonnais .

Photo de l’évêché détruit partiellement en 1944 puis rasé après la guerre

  • Suppression de l’évêché de Boulogne confirmée par le Concordat de 1801

Cathédrale de Boulogne avant d’être rasée après 1801 :

  • Cathédrale de Boulogne est rasée comme celle d’Arras et de Cambrai

Cathédrales de Cambrai et Arras avant d’être rasées après 1801 :

  • Disparition du culte marial présent depuis près de 1000 ans…
  • Le Boulonnais perd son statut de centre religieux national.
  • Un Boulonnais malmené depuis le début de la Révolution.
    • Fin de l’unité territoriale du Boulonnais déjà mise à mal dès 1250 (perte de Calais):
    • suppression de la sénéchaussée installée depuis 500 ans environ
    • le Haut-Boulonnais (secteur d’Etaples-Hucqueliers) est rattaché à l’arrondissement de Montreuil
    • Boulogne n’est pas choisie comme préfecture
    • C’est la fin du « grand Boulogne ». La commune est limitée à la portion la plus minimaliste qui soit (la haute et basse ville). La paroisse de St Martin-Boulogne devient commune.
    • Les « compensations » :
      • Boulogne, chef-lieu d’arrondissement, récupère la ville de Calais

  • Ceci fait naître un sentiment de frustration et d’injustice
    • Le 9 novembre 1814 : le Conseil municipal de Boulogne-sur-Mer demande le rétablissement de l’évêché de Boulogne,
    • Grâce au camp de Boulogne et à la Grande Armée, Boulogne (et Wimille donc Wimereux) devient le symbole du patriotisme national.

Date de fin : 1905 

  • 1905, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat incarne bien une rupture pour le catholicisme boulonnais mais aussi pour toutes les autres religions.

1.3 Le nouveau diocèse d’Arras : un diocèse sans unité dominé par la coutume boulonnaise

Rappel définition d’un diocèse :

Une circonscription territoriale de lEmpire romain conçue sous l’empereur Dioclétien, à la fin du IIIe siècle. Le terme a été adopté par l’Église catholique pour désigner le territoire d’un évêché placé sous la responsabilité d’un évêque. Un évêché est le rassemblement de plusieurs paroisses.

  • La Révolution Française et l’assemblée constituante en 1790 imposent le principe :
    • un diocèse maximum par département mais le plus souvent un pour deux voir 3 départements.
    • le siège épiscopal situé le plus souvent au chef lieu du département.
  • Le concordat de 1801 entre le pape Pie VII et Napoléon Ier confirme ce principe.
  • Sur 141 diocèses, il n’en reste que 59 en 1801 (cf carte)

  • Le diocèse de Boulogne est supprimé.
  • Boulogne fait partie des 82 villes qui perdent leurs sièges épiscopales.
  • Le nouveau diocèse d’Arras est formé essentiellement de l’ancien évêché de Boulogne. (cf carte : cliquer pour agrandir)

  • Le siège épiscopal d’Arras perd de sa légitimité et ceci d’autant que le Pas-de-Calais et donc le diocèse est un assemblage de territoires sans lien culturel, historique, économique.

Le développement économique du XIXème va renforcer ce manque d’unité comme le montrent les voies de communication (cf. carte ci-contre). 

En réaction, le Boulonnais devient l’épicentre d’un régionalisme fort.

Parmi les nombreux exemples : les rites funéraires : le maintien des « noces du défunt pour les jeunes filles et les jeunes hommes ». Pour les célibataires décédés, leurs familles organisaient après l’enterrement une noce avec un banquet rassemblant jeunes et aînés. C’était une occasion de resserrer les liens. Il y avait un gâteau funéraire dont les morceaux étaient distribués aux assistants et quelques parts étaient réservées pour les porter aux membres absents de la famille.

Inconsciemment ou non, la majorité du clergé catholique boulonnais soutient et développe ce sentiment régionaliste afin de défier le pouvoir artésien gallican.

Ex : le Propre des Saints (c-à-d : le calendrier des fêtes religieuses d’un diocèse):

  • 1815 : Mgr de la Tour d’Auvergne veut un unique Propre des Saints pour le diocèse d’Arras.
  • Pendant 43 ans, refus du clergé de l’ancien évêché de Boulogne, malgré des menaces de sanctions disciplinaires.
  • 1852 : Mgr Parisis, nouvel évêque, n’a d’autre choix que d’établir pour l’ensemble du diocèse d’Arras, le Propre des Saints de l’ancien évêché de Boulogne.

1.4 Wimereux comme le Boulonnais au centre de la querelle ultramontanisme et gallicanisme lié au concordat de 1801

  • Le concordat de 1801 confirme la mise sous tutelle par l’Etat de l’Eglise Catholique.

    • De 1801 à 1905, l’Eglise catholique est « fonctionnarisée ».
    • Les prêtes touchent un traitement comme les autres fonctionnaires. Ils font partis de la fonction publique.
    • C’est l’Etat (Préfet et Ministère des Cultes) qui décide de la construction d’une église, de la délimitation des paroisses, de l’affectation des prêtes après proposition des Evêques, etc….
    • L’Etat Français interfère même sur les orientations liturgiques de l’Eglise. Par exemple : le catéchisme de Napoléon Ier.
  • Deux courants s’opposent alors au sein du clergé catholique durant tout le XIXème siècle:
    • Le gallicanisme = veut une Eglise de France autonome par rapport au Pape mais dépendante de l’Etat français.
    • L’ultramontanisme = c’est le contraire. Ce courant reconnait la primauté, spirituelle, disciplinaire et juridictionnelle du Pape sur le pouvoir politique de l’Etat français. Ce courant veut une séparation entre l’Eglise et l’Etat. Sur le plan liturgique la dévotion mariale et de l’eucharistie (Sacré Cœur de Jésus) est au plus important que chez les Gallicans.
  • La spécificité du Pas-de-Calais : les limites de ces deux courants correspondent à celle des anciens diocèses mais aussi des frontières culturelles entre la Picardie (Boulonnais) et l’Artois (Arras) :
    • Le Boulonnais est « LE » fief ultramontain au Nord de Paris
    • Arrageois : un fief gallicaniste.

CONSEQUENCE

En réaction, le Boulonnais devient l’épicentre d’un régionalisme fort.

Inconsciemment ou non, le clergé catholique boulonnais majoritairement ultramontain soutien et développe ce sentiment régionaliste afin de défier le pouvoir artésien gallican.

Ex : le Propre des Saints

1.5 Une conséquence de cette querelle : l’hostilité de l’évêque d’Arras, Mgr de la Tour d’Auvergne (1768-1851) Évêque de 1801 à 1851.

  • Hugues, Robert, Jean, Charles de La Tour de Saint-Paulet est nommé évêque d’Arras en 1801, Le plus jeune évêque de France à l’âge de 33 ans.
  • 50 ans d’épiscopat font de lui le personnage centrale de la vie religieuse du XIXème siècle.
  • Sa personnalité : excellent administrateur, élégant, charismatique
    • mais vaniteux, obsédé par le désir de paraître plus qu’ambitieux.
    • Il fait suivre à Arras une étiquette rigide digne de la cour royale autrichienne.
  • Gallicaniste
  • Mgr de la Tour d’Auvergne déteste le Boulonnais et son clergé.
    • En témoigne par exemple : un compte rendu sur l’état du diocèse d’Arras en 1843 adressé au Pape Grégoire XVI. Il ne parle que d’Arrageois, un peu de l’Audomarois mais pas un mot sur le Boulonnais.
  • En 1826 l’affaire des Sœurs de la retraite Chrétienne de Boulogne-Tintelleries (actuellement école Jules Ferry)
    • Acte 1 : La visite pastorale de 1824 se passe mal.
    • Acte 2 : une lettre de dénonciation calomnieuse des époux Delsaux est adressée à l’Evêque. Ils sont très connus pour ce genre d’initiative accusant les sœurs de mauvais traitement.
    • Acte 3 : Mgr de la Tour d’Auvergne prend le prétexte de cette lettre et décide la fermeture de cet établissement religieux.
    • Acte 4 : les manifestations de soutien se multiplient où se mêle toute la population du Boulonnais. Le Procureur de la Roi de Fromentel vient même manifester !
    • Acte 5 : malgré cela, l’Evêque persiste jusqu’au boutisme.
    • Acte 6 : 5 août 1826 : Mgr Frayssinous Ministre des Affaires ecclésiastiques écrit à Mgr de la Tour d’Auvergne qu’il n’aura pas gain de cause,

 

  • Ses successeurs seront bienveillants à l’égard de Boulogne et du Boulonnais, ils seront tous ultramontains

Mais plus qu’un phare chrétien ! Le Boulonnais va devenir un phare judéo-chrétien autour d’une catholicité singulière à l’échelle nationale voir même européenne !