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Boulonnais : un phare pour la chrétienté ? chapitre 3 : quels facteurs de réussite ?

Le Boulonnais et sa cathédrale
phare pour la chrétienté au XIXe siècle ?
Quel rôle pour Wimereux ?

Conférence donnée par Richard Honvault
à l’église de Wimereux, le 1er juillet 2017,
à l’occasion de « la Nuit des églises »

(suite)

Chapitre 3 :
Quels sont les facteurs de réussite ?

 3.1 Une région dynamique avec une capitale vibrante de vie !

3.1.1 Le Boulonnais est en plein essor depuis la fin du règne de Louis XIV

Lorsque Mgr Haffreingue lance son projet de cathédrale en 1827, il le fait dans une ville et une région en croissance économique depuis 130 ans. D’ailleurs, ce sont les familles fortunées antérieures à la Révolution française qui seront les premiers et importants donateurs (Patras de Campaigno, etc..)

  • Le port de Boulogne connaît un important développement commercial au XVIIIème siècle
    • Boulogne le 3e port de Corsaire de France
    • Selon les écrits de l’époque le smogglage boulonnais représente au moins 5 millions de livres /an pour les plus belles années. A titre de comparaison, c’est le budget annuel de la Marine Française à la même époque.
    • 1709 : apparition du service régulier transmanche
  • le Boulonnais connaît un important développement de l’artisanat et de son industrie surtout autour de Desvres.
  • Le bouleversement du tissu urbain et son enrichissement au XVIIIème :
  • Citons quelques exemples  de construction :

  • 1692 : L’hôpital St Louis et son carré Louis XIV 
  • 1762 : Couvent des Lazaristes (Université du Littoral actuellement)
  • Hôtel de ville de 1734
  • 1777 : l’Hôtel Desandrouins
  • Tous au long du XVIIème et XVIIIème  : construction de château : de Colembert, de la Villeneuve à Bellebrune, de Pont-de-Briques, de Macquinghen, etc..
  • Remplacement des maisons en colombage par des maisons en pierres nues dites de « Baincthun. »

Conséquence : En 1815, cela fait 130 ans que le paysage urbain du Boulonnais s’enrichit de nouveaux édifices…. Par conséquent, dans la psychologie du peuple, reconstruire la cathédrale, pourquoi pas?

3.1.2  Une société innovante, ouverte, à l’économie diversifiée : le Boulonnais, ce n’est pas que la pêche !

  • Boulogne est le 1er port de pêche français à partir de 1867.
  • Fleuron national pour la salaison du poisson :
    • En 1855, les salaisons sont diffusées dans 20 départements français, en 1870, dans 40 grâce à l’amélioration du conditionnement.
  • Fleuron national pour la construction naval.
  • Le Boulonnais est un fleuron national de l’industrie du cuir et de la chaussure :
    • En 1852, les chaussures Lehocq qui emploie 300 personnes exporte en Grande Bretagne grâce à leur qualité.
  • Fleuron pour les hautes technologies : Industrie de plaques photographiques.
  • Avant-gardiste, le Boulonnais est la 1ère région française à découvrir des sports comme :
    • le golf (Hardelot),
    • les régates,
    • le football et le tennis (1er cours de tennis en France au pieds des remparts).
  • Innovation et anticipation, sont les maître-mots de cette société boulonnaise.
    • Exemple : La Fabrique à plumes métalliques avec Pierre Blanzy.
      • P Blanzy est professeur de Mathématique au lycée Haffreingue.
      • Les décideurs économiques soucieux de développer et de diversifier l’économie du Boulonnais cherchent de nouveau créneaux.
      • Ils décident d’envoyer en voyage d’études à Birmingham P. Blanzy.
      • Blanzy s’informe des procédés de fabrication et débauche quelques techniciens pour encadrer la main d’œuvre locale.
    • 1851 : 2 ans après à l’exposition universelle de Londres, la qualité des produits boulonnais est déjà reconnue mondialement et s’exporte déjà dans toute l’Europe.
      • Exemple : Les travaux portuaires menés par les Ponts et Chaussées Maritimes et financés par l’Etat :
        • 1845 : barrage du pont Jules Marguet
        • Le projet de nouveau port dès 1850
        • Projet de nouveau bassin en 1870
        • Annonce la construction de la Digue Carnot de 1878 à 1887
        • Et la darse Sarraz-Bournet dans les années 60

3.2  Une ville focalisant les regards car le Monde est passé par Boulogne

  • Le Boulonnais est un fleuron de l’économie touristique européen autour de la vogue des bains de mer : elle attire toute la haute société .
  • La force de Boulonnais : Des équipements hôteliers pour tous les goûts : En 1858 : 70 hôtels sur la commune de Boulogne.
  • Le célèbre Hôtel du Nord de la famille Mulhberque où séjourne, autour de la famille Greffulhe, la haute société française : Talleyrand-Périgord, Victor Hugo, de Castellane, etc…
  • Casino de Boulogne construit par les Ponts et Chaussées Maritimes et son ingénieur Jules Marguet en 1824 puis en 1863.
  • 1ere congrès mondial de thalassothérapie a lieu à Boulogne en 1894.
  • Une ville internationale et de villégiature pour les chefs d’état européens : 17 consulats en 1850, et 23 consulats et représentations des états en 1939. 
  • les chefs d’Etat viennent en villégiature (l’hôtel du Louvre dans Capécure) et la plupart visite le chantier de la Cathédrale.
    • 18 août 1855 : Napoléon III reçoit la Reine Victoria
    • 1853 : Napoléon III et Eugénie visitent cathédrale + 1854 ,+ 1855 + etc…
    • 1854 : Léopold Ier Roi des Belges ; Pierre V l’optimiste, roi du Portugal ; le prince Albert, époux de la reine Victoria ; l’Impératrice Eugénie toute seule ;
    • 1855 : Victor-Emmanuel, Roi de Piémont Sardaigne
    • 1856 : Archiduc Maximilien d’Autriche
    • 1862 : Prince Saïd Pacha gouverneur d’Egypte
    • 1867 juillet  : Le Vice Roi d’Egypte Ismaël Pacha
    • 10 juillet : La Reine de Prusse, Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach et le Sultan de Turquie Abdülaziz Ier
    • 19 juillet : à nouveau Napoléon III.

Successivement : L’Empereur Napoléon III, L’Impératrice Eugénie, La Reine Victoria et le Prince Albert,

puis : Léopold 1er de Belgique, Pierre V l’optimiste du Portugal, Victor Emmanuel II, Maximilien d’Autriche,

puis : Augusta de Saxe-Weimar-Eizenach, Abdülaziz Ier, le vice-roi Ismaël Pacha, le roi Saïd Pacha,

3.3  L’affirmation d’un régionalisme innovant …

  • Le Boulonnais malmené depuis le début de la Révolution.
  • 1801 …. Marque un tournant pour le Boulonnais : la confirmation de la fin de son autonomie sociale et politique.
    • Fin de l’unité territoriale du Boulonnais déjà mise à mal dès 1250 (perte du Calais):
      • suppression de la sénéchaussée installée depuis 500 ans environ
      • le Haut-Boulonnais (secteur d’Etaples-Hucqueliers) est rattaché à l’arrondissement de Montreuil
    • Boulogne n’est pas choisie comme préfecture
    • C’est la fin du « grand Boulogne ». La commune est limitée à la portion la plus minimaliste qui soit (la haute et basse ville). La paroisse de St Martin-Boulogne devient commune.
    • Les « compensations » :
      • Boulogne, chef-lieu d’arrondissement, récupère la ville de Calais et sa banlieue.
      • Sur le plan judiciaire, Boulogne garde son importance.
    • Ceci fait naître un sentiment de frustration et d’injustice
      • Le 9 novembre 1814 : le Conseil municipal de Boulogne-sur-Mer demande le rétablissement de l’évêché de Boulogne,
      • Grâce au camp de Boulogne et à la Grande Armée, Boulogne devient le symbole du patriotisme national.
    • Objectif de ce régionalisme : faire revivre et magnifier le glorieux passé Boulonnais pour en faire une identité au service du développement social et économique.
      • Toutes les couches de la société participent à cette politique impulsée par les politiques et les érudits locaux croyants ou non, et même maçonnique. Apparemment, le clergé reste à l’écart mais soutient.
      • La famille Adam créé le concours de la plus belle boulonnaise en costume traditionnel.
        • Le costume traditionnel et les bijoux boulonnais…

  • Le Boulonnais maintient et fait rayonner une devise, des valeurs partagées avant la Révolution par toutes les communautés maritimes de Picardie à Dunkerque (soit la région actuelle des Hauts-de-France)
    • La devise du Boulonnais : « Foi, Espérance et Charité» ; soit les 3 vertus théologales
  • Le régionalisme est singulier car inutile d’avoir des ascendances ancestrales boulonnaises pour participer à cet esprit régionaliste.

Par exemple : Henri Allain et son épouse sont les premiers repasseurs de dentelles et développent la technique de repassage des coiffes boulonnaises. Or la famille Allain est originaire de Normandie et de Suisse.

3.4 Un régionalisme attiré par les sciences, l’art et l’architecture

 Une société régionaliste où le mot charité prend tout son sens par la qualité de l’accueil.

Boulogne et le Boulonnais sont choisit comme lieu de villégiature par des artistes ou personnalités en exil…..

  • le poète anglais Thomas Campbell qui meurt en 1844
  • Charles Dickens séjourne 3 ans à Boulogne (1853,1854 et 1856 pour y écrire Oliver Twist)
  • Le Général San Martin, le condor, Libérateur de l’Argentine, du Chili et du Pérou séjour de mars 1848 à son décès en août 1850.

Cette société régionaliste attirée par les sciences :

Au XIXème, le Boulonnais a été l’une des régions françaises les plus fécondes en savants, érudits et inventeurs à la renommée nationale et internationale : plus de 32 !!!

  • A Wimereux en 1879 : début de l’algologie (dans le sens « phycologie») du Nord de la France, grâce à un ouvrage intitulé « liste d’algues observées à Wimereux » publié par le botaniste Monnier (1879).
  • Ses successeurs : le professeur Giard, Ferdinand Debray.

Même l’architecture est là pour magnifier l’histoire du lieu :

  • Villa Huguet ( aujourd’hui Rond Point Boulevard Huguet) :«  Dès son entrée du port, dernier thé avalé, le passager découvre au loin une cité escarpée de laquelle domine une tour fortifiée et un dôme touchant le ciel. Arrivée à la jetée ouest, son regard se portant sur la droite, reste intrigué par la statue de Britannia… légèrement au fonds, se découvre un château de style anglican ceinturé d’un mur crénelé comme une forteresse d’un conte de fée… Pourtant, selon les cartes, nous ne rentrons pas dans un port britannique, encore moins d’une colonie britannique….. Je ne rentre donc pas dans un port français? Mon navire rentre dans le port de Boulogne-sur-Mer, capitale du Boulonnais. C’est cette ville qui me permettra de rentrer en France. Arrivée à quai, une marée humaine m’accueille, je suis tombé dans le tourbillon magique de la vie….. Bienvenue dans le Monde….. » Texte anonyme en 1939
  • Palais de Justice inauguré en 1852 à la façade unique et expression du régionalisme :
    • Statue de Charlemagne et de Jules César = deux pères du droit français, = deux personnalités ayant séjournés dans le Boulonnais.

Dans le domaine de la musique, on citera l’organiste Boulonnais Alexandre Guillmant,(1837-1911) mondialement connu, notamment en Angleterre et aux USA .

CONCLUSION

Les conséquences des crises successives des années 1900 :

RAPPEL des différentes lois : il faut séparer la loi de 1905, des mesures anti-catholiques (1903-1904)

  • La loi de séparation des Églises et de l’État en 1905 proclame :
    • Article 1er: « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […] ».
    • pose le principe de séparation des Églises et de l’État. « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. […] (cf. Art 2)», ne crée aucune paroisse, ne construit aucun lieu de culte, n’exerce aucun contrôle sur la liturgie, aucun pouvoir hiérarchique sur le clergé.
      • NB : Pour info : la nomination des évêques doit être approuvée en conseil des ministres.
    • Les mesures « anti-catholiques » qui ont lieu avant l’adoption de la loi de 1905 :
      • Loi de 1903 : Avis négatif du parlement de toutes les demandes d’autorisation de congrégations masculines,
      • Loi de 7 juillet 1904 : Interdiction de l’enseignement par les congrégations religieuses . Cela avait déjà commencé par les Jésuites en 1880.
      • Le 3 juin 1904, le Conseil municipal de Boulogne majoritairement radical, par 14 voix contre 10, supprime les processions notamment celle de Notre-Dame de Boulogne.
    • Peu de violences à l’égard de la loi de 1905 mais de la résistance face aux mesures « anti-cléricales ».
      • Echec de la vente des biens ecclésiastiques des couvents.
      • Les notables catholiques remplacent les congrégations en ouvrant et en prenant la direction des écoles libres « sous contrat » dans lesquels le clergé séculier règne et poursuit son œuvre. Les Frères des Ecoles Chrétiennes reviennent en habit en 1934.
      • En 1912, les carmélites ouvrent un monastère sur St Martin-Boulogne.
      • La procession, interdite à Boulogne, se déroule au Portel.
      • Municipale 1912 : les radicaux perdent la totalité de leurs sièges au profit d’une coalition droite-centre-socialiste. La nouvelle municipalité autour de Félix Adam prend comme 1ère mesure symbolique : le rétablissement de la procession.

 

Un seul échec : l’échec des 5 tentatives de rétablissement de l’évêché.

 La consécration avec le Congrès marial de 1938 :

La consécration avec le congrès marial de 1938 :

200 prélats, 300 000 personnes venus du monde entier…

 

BIBLIOGRAPHIES et SOURCES

 

Source d’archives départementales

  • V*388 : demande de rétablissement de l’évêché de Boulogne par le conseil municipal de cette ville le 21 mars 1866
  • 8J5 Mémoires de Mgr Haffreingue
  • Vidéo : Congrès marial de 1938, CD, les Amis du Musée de Boulogne-sur-Mer

 

Archives communales et Bibliothèque municipale

  • Recensement 1856
  • Annuaires de 1860-1872.
  • Dossiers concernant les congrégations.
  • Collection cartes postales et gravures

 

Archives privés

  • Collection cartes postales
  • La cathédrale et Basilique Notre Dame, Image du Patrimoine, DRAC, 1988, Lille
  • Le Télégramme, édition spéciale du congrès marial national 1938, édition dimanche 24 juillet

 

Bibliographie : les principales références :

  • Yves-Marie Hilaire, Une chrétienté au XIXème siècle ? La vie religieuse des populations du diocèse d’Arras 1840-1914, PU de Lille, 1977,
  • J Garrigues, la France de 1848 à 1870, A Colin, Collection Cursus, Paris 1995.
  • Mgr Baudrillart, Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques, Letouzey, Paris, 1938.
  • Y Le Maner, Histoire du Pas-de-Calais (1815-1945), Arras, 1993
  • A Lottin, Histoire de Boulogne-sur-Mer, PU de Lille, Lille, 2008,
  • A. Castelot, Napoléon III, Perrin, 1999,
  • Henri Ponchon, L’incroyable saga des Torlonia : des Monts du Forez aux palais romains, Imprimerie Chirat, août 2005,349 P
  • Georges Lacroix, Un cardinal de l’église d’Arras : Charles de la Tour d’Auvergne, CNRS, imprimerie de la Centrale (Lens)
  • Charles Guillemant, Pierre-Louis Parisis, Brunet et Lecoffre, Paris, 1916,
  • Frédéric Viey, Histoire des communautés juives du Nord et de Picardie, juin 2009,
  • Chanoine Merlent, Mois de Marie de Notre Dame de Boulogne, éd. Ch. Paillart, Abbeville,1948
  • A Mabille de Poncheville, Notre Dame de Boulogne, Flammarion, 1937,
  • PA Lefebvre, Histoire de Notre Dame de Boulogne et de son pèlerinage, Imp. Notre Dame des Près, Neuville sous Montreuil, 1894
  • VINCENT, Séverine, Le culte marial à Boulogne-sur-Mer de 1807 à 1938, Master année 2003
  • BUTEL, Anne –France, Les Frères des écoles chrétiennes à Boulogne-sur-Mer de 1789 à 1906 : d’un exil à l’autre., Master année 2000

 

 


 
 
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