Jean LAMBERT-RUCKI

 

Jean LAMBERT-RUCKI

C’est un sculpteur polonais arrivé en France en 1911 et naturalisé en 1932.

Parmi ses œuvres, on compte de nombreux Christs en croix, tels que celui qui se dresse au-dessus de l’autel de l’église de l’Immaculée Conception de Wimereux. Ils se distinguent par leurs faciès de type africain, leurs dreadlocks et leurs jupons. Celui de Wimereux est arrivé en 1958 et a été réalisé par François Biais, orfèvre à Paris.

Né en 1888, cadet d’une nombreuse famille, Jean LAMBERT-RUCKI en sera l’enfant prodige. Il a onze ans quand son père meurt subitement. Il aide les siens à vivre en faisant des portraits qui surprennent les bourgeois de Cracovie. Il entre au Gymnase de sa ville natale pour y faire ses études, puis à l’Ecole des Beaux-Arts où il devient le camarade de Kisling qu’il retrouve plus tard à Paris. Sa jeunesse est marquée par la richesse du folklore de l’Europe Centrale, il fait de fréquents séjours en Russie, fréquente les tziganes, apprend le saut périlleux, les danses russes et son œuvre en demeure imprégnée profondément.

Enthousiasmé par une exposition des œuvres de Gauguin à Cracovie, il décide de venir à Paris où il arrive un matin de février 1911 avec 17 francs pour unique fortune. Il fait aussitôt l’heureuse et providentielle rencontre d’un ami polonais qui l’héberge.

Il s’inscrit à l’Académie Colarossi. Il se mêle à la bohême de Montparnasse, fréquente le Dôme puis la Rotonde, y rencontre notamment Soutine, Survage, Modigliani (qui lui conseillera de se consacrer à la sculpture et dont il partagera brièvement la chambre au 8, rue de la Grande Chaumière lors de sa démobilisation en 1919), Foujita, Kisling, Blaise Cendrars, Max Jacob. Il gagne sa vie en jouant la comédie à l’Odéon et fait de la retouche photographique à Montmartre, ce qui ne l’empêche pas d’avoir faim un jour sur trois. Solitaire, il le demeurera toute sa vie, fuyant le monde avec ses exigences et ses vanités. Sa raison d’être sera cet incessant besoin de créer, de faire du « nouveau ».

En 1913, il s’installe dans un atelier au 29, rue Campagne Première à Paris, 14ème.

En 1914, en s’engageant au sein de l’armée française, dans le Bataillon des Volontaires Etrangers pour servir la France, il francise son nom : Jean-Lambert étant son prénom, Il choisit le patronyme de Jean LAMBERT-RUCKI.

Pendant toute la durée des hostilités, il est dans le Bataillon des Volontaires Etrangers, et est affecté au « Service Archéologique de Salonique » où il procède à des fouilles, descendant au moyen d’un treuil dans les tumulus grecs. C’est ainsi qu’il participe à la création d’un Musée d’Archéologie à Athènes et qu’il fait des copies de mosaïques de Sainte Sophie de Salonique pour le Musée du Louvre sous la direction de Jean Guiffrey , le Conservateur du « Département de la Peinture ». Il se lie d’amitié avec Joseph Csaky et Gustave Miklos qui deviendra le parrain de sa fille Théano dite « Mara ».  La Grèce, avec ses bleus uniques, ses ruelles blanches et voûtées l’inspirera dans de nombreuses compositions.

En 1918, démobilisé, il revient à Paris où il se fixe au 12 rue du Moulin-de-Beurre dans 14ème, dans le quartier de Montparnasse peuplé d’artistes. Il y a encore des fermes avec des vaches à Montparnasse. L’artiste nourrit des chats abandonnés qu’il aime. Il affectionne particulièrement le chat, la vache, le chien et l’âne dans son œuvre. Il devient membre de la Section d’Or dont le but est de faire connaître les artistes novateurs de différentes nationalités et d’organiser des expositions avec auditions musicales et littéraires dans nombre de pays. Il expose aussi aux Indépendants et au Salon des Artistes Décorateurs. C’est dans le décor du quartier de Montparnasse qu’il compose la première partie de son œuvre. A travers le toit vitré de son atelier, apparaissent les étoiles et la lune qu’il a peinte tant de fois dans ses premières œuvres, qu’elle soit rouge, noire ou blanche. Des iris et des lauriers roses grimpent le long des portes. Il retrouve le cadre même de ses rêves d’adolescent. Sur le pavé des rues, il imagine des ombres d’amoureux qui se croisent et s’étalent sur les pans de mur ou sur l’asphalte mouillé de lune : loin des agitations du siècle, il continue à bâtir son propre monde poétique.

En 1920, il épouse Monique Bickel (née en 1892), elle-même élève du sculpteur Rodin. Après sa demi sœur Léano, Théano dite Mara RUCKI nait le 7avril 1920. Cette même année, il rencontre le marchand d’art Léonce Rosenberg et retrouve son ami Léopold Survage aux côtés duquel, entre autres, il participe à la première exposition de la Section d’Or à la Galerie de la Boétie à Paris.

En 1923, il se lie d’amitié avec le dinandier Jean Dunand : une grande amitié naît entre ces deux êtres. Jusqu’à la mort de ce dernier survenue au cours de la dernière guerre, ils vont collaborer étroitement : il travaille les après-midis pour son ami pendant une vingtaine d’années afin d’assurer sa subsistance. Celui-ci lui laisse alors l’entière responsabilité de ses propres créations. Il refusera la proposition de Jean Dunand d’apposer leur double signature sur les œuvres qu’il réalise (sauf au tout début de leur coopération) au prétexte que ce n’est pas sa création puisqu’il s’agit de commandes. Mais on reconnait aisément son style notamment dans les nombreuses décorations des paquebots Atlantique et Normandie. Jean Dunand admire l’art de son ami Jean LAMBERT-RUCKI, en témoignent quelques rares pièces de laque que Jean Dunand a réalisées d’après des « cartons » de Jean LAMBERT-RUCKI et qui portent alors leurs deux signatures.La laque de Chine. On y reconnaît aisément le style RUCKIEN (selon le mot de ses amis) notamment dans les paravents, les portraits de gens célèbres, les boîtes à cigarettes, les bijoux, les objets précieux divers, les vases et panneaux décoratifs des paquebots en question.

En 1925 et jusqu’à la fin de sa vie, il multiplie les expositions de ses œuvres, exécute de nombreuses commandes dans toute l’Europe (chantiers en Alsace, au Canada, en Belgique, aux USA …) et pour des églises (importantes rénovations après la Grande Guerre), participe à la grande manifestation d’Art Sacré ou collabore avec Jacques-Emile Ruhlmann et Jean Dunand lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925.

Dans les années 1920 / 1930 / 1940, traçant une nouvelle voie dans une forme de la statuaire particulièrement difficile, son instinct le porte vers l’Art brut et sans concession. Son œuvre démontre une puissante prémonition comme l’attestent les nombreuses pièces qu’il sculpte (bois, plâtre, ciment, terre-cuite, mosaïques) parmi lesquelles notamment :

« samedi soir, homme avec oiseaux, en prière, tête cubiste, personnage cubiste, figure cubiste, les deux amis, double masque, grand masque, masques, les flâneurs, le couple, la prière (ou femme agenouillée), les noctambules, couple au chapeau, couple au gibus, couple au chapeau melon, les amoureux, couple enlacé, retour de carnaval, la foule, grand masque, la naissance du monde, rencontre, le baiser, visage, le clown, les promeneurs, figure et son ombre, idylle, la prosternation, totem dit aussi masque et sphères, conciliabule, confidence, couple au parapluie, séduction, le songeur, le timide, composition à l’âne et au cercle, l’accordéoniste, les danseurs, tendresse, le chef, le grand écart, femme au voile, Eve, le penseur (obus), l’oiseleur, l’homme à la quille, le marionnettiste, l’homme journal, Marie-Madeleine, l’Annonciation, la nativité, la fuite en Egypte, le mont des Oliviers, la tentation de Jésus, le calvaire, la Cène, l’ours dans la forêt, la vache et son petit, la hotte, graffiti, les déguisés, les pains d’épice, les fous, l’épouvantail, les cerfs, les femmes, Saint Antoine, l’homme sandwich, le buveur, les chiens, l’oiseau, les deux animaux confrontés, le pélican, le chat, clown au chien, bestiaire, l’arlequin, jongleur, masque rouge, la danse, l’enfant au chat, le cavalier, cavalière, la femme au cerceau, madone, Hermès, mardi gras, maternité, le couple, berger, totem, mère et enfant, disques lombaires, l’enfant au poisson, tauromachie, chienne et son chiot, les oiseaux, la sieste, le buste de Madame David-Garnier (épouse du marchand David) … »

A partir de 1930, il repense entièrement une forme d’art qui lui paraît essentielle « l’Art Sacré ». Il devient ainsi l’un des pionniers de l’Art Sacré Moderne. Dans sa sculpture, c’est l’évidement des formes, c’est aussi la pureté des lignes exprimant son art avec un minimum de moyens. Tant en France qu’à l’étranger, il est recherché par le clergé de l’époque et les amateurs de cette expression mystique. Il reçoit alors beaucoup de commandes.

En 1931, il devient membre actif de l’U.A.M. (Union des Artistes Modernes) où il expose aux côtés de René Herbst, Le Corbusier, Mallet-Stevens, l’architecte Georges-Henri Pingusson, Jean Fouquet (le joailler pour lequel il exécutera des bijoux). Il quittera l’U.A .M. en 1950.

En 1933, il quitte l’atelier de Montparnasse pour celui du 26 rue des Plantes à Paris 14ème.

En 1936, il expose de gigantesques fusains retraçant l’épopée christique.

Lors de l’Exposition Universelle de 1937, il présente au Pavillon de la Lumière son fameux « Bonhomme Lambert » en haut de forme ou en melon, qui se métamorphose tour à tour en « grognard » de Napoléon, en joyeux clown, en homme de la rue… Avant beaucoup d’autres, il fabrique ce personnage à l’aide de balles de tennis (pour figurer les yeux), de fil de fer, de boîtes de conserve et d’ampoules électriques créant ainsi une structure magnifique d’ingéniosité : il se livre à des élucubrations d’un cubisme absolument individuel et toute sa vie, il a un besoin incessant de créer. Eclairé de mille manières, ce « Bonhomme Lambert » fut très populaire, engendrant des crises de fou rire auprès du public. C’est en accord avec Pingusson qu’il le réalise en même temps qu’un immense bas relief accueillant les visiteurs du Pavillon de l’U.AM. où l’on retrouve « ses hommes en silhouette portant le melon ou le gibus » chers à son cœur.

En 1938, il crée pour la Basilique de la Trinité à Blois le chemin de croix monumental (le plus grand du monde connu jusqu’à ce jour), sculpté dans du ciment frais projeté sur le mur, exigeant une virtuosité exceptionnelle.

En 1941, en l’église Sainte Thérèse de Boulogne-Billancourt, il réalise sculptures et chemin de croix des chapiteaux et de la crypte.

En mai 1943, il participe à une exposition collective dans le cadre des artistes du « 2ème groupe » de la Galerie Drouant-David à Paris ( Braque, Derain, Dufy, Maurice Denis…).

En 1946, des statues de Saint Jacques et de Saint Jean sont exécutées pour l’église de Laigle dans l’Orne.

En 1947, il poursuit dans la Basilique de la Trinité à Blois la décoration du pourtour du chœur, d’après des sujets tirés des Evangiles.

En 1948, il exécute des statues en chêne (Sainte Scholastique et Saint Benoît) et deux lutrins pour l’Abbaye de Saint Benoît du Lac au Canada.

Dans les années 1950 jusqu’à la fin de sa vie, en raison de ses problèmes cardiaques, il travaillera surtout la tôle, le fer forgé, soudé à l’autogène, battu, repoussé, la tôle et le fer soudés polychrome, le cuivre. Toutes les matières lui sont bonnes pour s’exprimer, les vides ont pour lui la même importance que les pleins, par les cavernes d’ombre qu’ils recèlent et l’accent qu’ils donnent au relief. Avec les outils de son art, il exprime ce qu’il sent selon les exigences du beau et il crée de nombreuses œuvres parmi lesquelles ses célèbres coqs : il s’arrête un jour devant une église du XIIème siècle démantelée par les bombardements mais sur le clocher duquel domine un coq resté intact ; il a envie de ce coq et après l’avoir longuement regardé, il décide d’en faire.

Parmi les œuvres de cette époque, citons notamment :

« coq (de nombreuses créations portent ce même titre), grand coq, petit coq debout, coq debout, poule et son petit, la hotte, taureau, les moutons, l’épouvantail, le coq sur l’échelle, coq girouette, coq à la queue bleue et rouge, le coq doré, le coq à la queue rouge, le coq à la crête rouge, le coq à la queue argentée, coq belliqueux, petit coq, le coq au ver de terre, l’homme, le pêcheur, l’homme sandwich, l’homme aux clochettes, le coq royal, tête de cheval, cheval, femme au chapeau, mère et enfant, Saint François d’Assise, Saint Hubert, Saint Basile, masque, la fille au ballon, le rire, le poète, le jongleur, reflets dans l’eau, l’entrée à Jérusalem, madone, l’enfant roi, oiseau, le siffleur, diable endormi, vache et son petit, l’équilibriste, maternité, Vierge, l’Ange Marie, Madame Rucki …»

En 1952, c’est la Chapelle Notre Dame de la Consolation de Costebelle, petit chef-d’œuvre enfoui dans une forêt de pins au sommet d’une colline, près de Hyères dans le Var, qu’il décorera : ses « Christs » sont unanimement reconnus dans le monde entier comme étant remarquables et émouvants. Il a toutes les audaces et ne craint nullement d’apposer du vert ou du blanc sur le visage du Seigneur tout en jouant (comme il le faisait jadis dans sa peinture) avec des plans coupés ou superposés. Il y a un lien constant entre sa peinture et sa sculpture où il est aisé d’y reconnaître le même souci des volumes bien construits, des jeux de la lumière, de la liaison intime entre les lignes et les mouvements de l’architecture.

En 1953, c’est en l’église de Chanu dans l’Orne qu’il crée un Christ en chêne, d’une hauteur de 1,80 mètre.

En 1958, l’église de Wimereux reçoit un des fameux « Christs » de Jean Lambert-Rucki.

En 1959, il réalise « La Transfiguration », monumentale, sur la façade de l’église de Seltz dans le Bas-Rhin.

En 1960, avec l’architecte Pingusson, il collabore à la décoration de l’église de « Jésus-Ouvrier » de Bouts en Moselle : grand Christ sur la façade et Christ du maître-autel.

En 1961, à Matzenheim en Alsace, il décore entièrement la chapelle Juvénat des Frères Saint Joseph : Christ Roi et chemin de croix.

En 1967 au cours des derniers mois de sa vie, il réalise des œuvres ultimes pour l’église du Sacré Cœur à Valenciennes, dans le Nord : maître-autel, tabernacle et Christ central.

La témérité de Jean LAMBERT-RUCKI, son ardente conviction et sa foi l’amènent à s’exprimer d’une certaine manière dans les plus vastes édifices comme dans les plus humbles lieux que privilégie l’intelligence. Il fait équipe avec quelques-uns des meilleurs décorateurs de l’époque (tels Le Corbusier, Pingusson et Mallet-Stevens). Il est attiré par les bruits du cirque. Il est sensible à la grâce de la femme.

En 1967, il meurt des suites d’une longue maladie vasculaire, il a alors quatre-vingts ans. Cette même année, s’éteint aussi son ami Gustave Miklos.

La fascinante personnalité du sculpteur doit beaucoup à l’Art byzantin dont il apprécie à Salonique l’expression hiératique et sereine. Il admire la simplicité de l’Egypte des Hautes Epoques. La pureté des lignes est parfois digne de l’antique. Il emprunte aussi à l’art populaire polonais où il subit l’influence de l’Art Nègre. Il passe par l’expérience du cubisme qui brise les formes traditionnelles et donne un sens nouveau à l’interprétation de l’artiste. Il suit les courants du moment et jouit de l’estime des artistes qui ont suivi ses efforts.

Cet homme à l’élégante silhouette est accueillant et plein d’humour. L’air souriant et les yeux bleus de Jean LAMBERT-RUCKI lui attirent d’emblée la sympathie.  C’est un artiste franc et solide, un homme vrai dans toute l’acceptation du terme. Sa spontanéité et sa fantaisie naturelle n’excluent pas le labeur et un amour du métier peu courant dans l’exécution. Cédant volontiers à ses impulsions, cet instinctif tient avant tout à son indépendance. Cet être raffiné aime la candeur des champs, la fraîche nature et la lumière. Il a une prédilection pour les oiseaux, les chats et les petits ânes. Il nous offre un monde tendre et pur de la plus grande beauté qui s’inscrit parfaitement dans les mouvements avant-gardistes dans lesquels il s’est impliqué.

(Biographie extraite du site officiel du comité Jean Lambert-Rucki)

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