Ch2 – 2 : L’Abbé Vergriette (1907-1920)

Chap 2 – 2 – Abbé Louis Vergriette 6/3/1907-1920

-1- Loi de 1905 oblige : le Conseil Paroissial remplace le Conseil de Fabrique

Après le départ de l’abbé Pourchaux, l’abbé Louis Vergriette est nommé curé le 6 mars 1907. Le 22 novembre de cette même année, par ordonnance épiscopale, est créé le premier Conseil paroissial pour remplacer l’ancien Conseil de fabrique, que la loi dite de séparation e 1905 avait supprimé. Sont nommés membres du conseil : mesieurs Edouard Billiet, Eugène Bernard, Léon Delcourt (maire), Emile Hibon, le Docteur François Mahieu et Joseph Malahieude père.

Le Conseil n’a auprès du curé qu’un rôle consultatif. La même année et pour la première fois, a lieu la quête du « Denier du clergé », devenu par la suite « Denier du culte », et aujourd’hui « Denier de l’Eglise », destinée à aider le diocèse dans son fonctionnement, comme le salaire des prêtres. Pour aider le curé à trouver les ressources nécessaires, est fondé un « Comité des Œuvres ».

-2- Le Patronage et l’A.J.C.

Tout comme l’abbé Pourchaux, l’abbé Vergriette porte une grande attention à la jeunesse. Le patronage des filles et des garçons avait été créé en octobre 1906 par l’abbé Pourchaux, aidé de sa soeur. Dès son arrivé, l’abbé Vergriette poursuit l’œuvre de son prédécesseur et se rend compte qu’il est nécessaire d’avoir des locaux pour réunir les jeunes qui lui sont confiés.

Il fait construire à côté du presbytère, sur un terrain loué à la mairie, une salle en bois pour les réunions des garçons. La salle des garçons sera inaugurée et bénie le 8 juin 1908.

Si les garçons ont leur salle, en revanche, il en faut une pour les filles. Depuis 1906, leurs rencontres se font dans les dépendances trop exigües du chalet « La Vigie », situé rue de l’église (aujourd’hui rue du docteur Vautrin). Il importe aussi de se procurer une salle spacieuse pour les grandes séances de la saison balnéaire.

La providence fait bien les choses, car il existe à Wimereux une salle des fêtes comportant un théâtre, que la société Thiriez Bernard et Cie avait fait construire quelques années avant pour offrir aux baigneurs des distractions familiales. C’est le « Cercle de Baigneurs » dont l’entrée est occupée aujourd’hui par la boulangerie Bucamp, rue Carnot. Cette salle ne sert plus depuis la construction du Casino, inauguré en juillet 1903.

Aussi, Eugène Bernard, au nom de la société, accepte de la louer à l’abbé Vergriette, ainsi que le vestiaire du théâtre, lequel servirait pour les réunions du patronage ; il faut enfin ajouter la villa annexe où habiterait la directrice. Le prix annuel de cette location est de 1 000 Frs. Sur cette somme, la moitié est donnée, chaque anée, par Madame Alfred Thiriez, généreuse quand il s’agit d’aider les oeuvres de charité. Le contrat est passé avec Monsieur Bernard le 18 juin 1908. La salle est belle et confortable, mais il faut l’aménager, y mettre 500 chaises, rehausser la scène, installer les coulisses… La dépense est de 3000 Frs environ.

Désormais, cette salle portera le nom de salle Jeanne d’Arc. Elle est inaugurée le 9 août 1908 par une séance théâtrale devant une assistance nombreuse et enthousiaste. Sans perdre de temps, les 25 et 26 août, une kermesse de charité est organisée dans le lieu superbe, au profit des oeuvres paroissiales. Ces deux jours rencontrent un grand succès et sont honorés par la visite de Monseigneur Williez. Sitôt le contrat signé avec Monsieur Bernard, le patronage des filles prend possession de la nouvelle salle. Les réunions ordinaires se déroulent dans le vestiaire du théâtre, et celles de fête, dans la grande salle.

Au départ de l’abbé Pourchaux et de sa soeur en 1907, plusieurs jeunes filles de la paroisse reprennent la direction du patronage. Elles le font avec un grand dévouement. Toutefois, ce n’est qu’une situation provisoire qui ne peut se prolonger. En janvier 1908, Mademoiselle Soubitez, religieuse sécularisée de la congrégation Saint-Joseph d’Abbeville, et qui habite Le Portel, accepte de s’occuper du patronage. Elle vient tous les dimanches après-midi, secondée par Mesdemoiselles Ohier et Bataille. C’est une grande amélioration et un cheminement vers une situation définitive. Le 15 septembre 1908, Mademoiselle Leprêtre vient proposer ses services avec Mademoiselle Delarue pour diriger le patronage. Toutes deux sont également des religieuses sécularisées de la congrégation de Saint-Joseph d’Abbeville. Un peu plus tard, la soeur de Mademoiselle Leprêtre, religieuse sécularisée de la même congrégation, vient se joindre à elles. L’abbé Vergriette accepte avec empressement et quelques jours après, elles s’installent dans le pavillon Jeanne d’Arc et se mettent à l’oeuvre. Désormais, en plus de la réunion du dimanche, il y a celle du jeudi après-midi avec leçon de couture. Ces dames surveillent aussi les enfants pendant les offices et font le catéchisme.

Ce même jour, le 15 septembre 1908, Monseigneur Williez accède à la demande du curé et de la paroisse, et envoie comme vicaire l’abbé Jules Lambert, nouveau prêtre, qui prend domicile dans un petit chalet de la rue de l’église (rue du Docteur Vautrin). Il est chargé, avec le curé, du patronage des garçons, et sera remplacé plus tard par l’abbé Bar, puis par l’abbé Raphaël Tilliette.

A la fermeture du patronage, dans les années 60, la salle des garçons devient salle paroissiale. Fermée pour des raisons de sécurité en 1988 (elle était entièrement en bois), elle sera déruite en octobre 1991 pour laisser place à la nouvelle Poste.

Quant à la salle Jeanne d’Arc, devenue « salle Alfred Capillier » en 1959 en souvenir d’un jeune caporal wimereusien mort durant la guerre d’Algérie, et après avoir abrité un temps l’école Jeanne d’Arc puis l’école Saint-Joseph, elle est aujourd’hui détruite.

L’abbé Vertriette crée en 1910 la section wimereusienne de l’A.J.C pour les jeunes âgés au moins de quinze ans, issus du patronage. La même année, il faire agrandir la salle des garçons pour y placer un second billard.

Engagé depuis 1910 dans l’AJC, Il proposa à Wimereux à ce titre la tenue du Congrès Cantonal de l’Association pour la Jeunesse Catholique qui se tint donc dans la paroisse le 17 avril 1913.

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°6)

 

-3- 1911 : arrivée du nouveau maître-autel en suspens depuis 1905 !

Le projet du nouveau maître-autel, en suspens depuis 1905 suite à l’instauration de la loi de séparation de l’Église et de l’État, est repris en 1911 et l’autel est exécuté sous la direction de Gustave Pattein, sculpteur à Hazebrouck, pour la somme de 7 000 Frs, à laquelle il faut ajouter 1 000 Frs pour la croix et les chandeliers.

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°5)

L’autel réalisé par Constant Laurent, resté provisoirement en place depuis l’agrandissement de l’église, devient autel Saint-Joseph et est déplacé sur le côté sud de la chapelle de la Vierge, sous le vitrail actuel du Sacré-Coeur.

Le 22 août 1911 est une grande journée pour la paroisse, car elle accueille Monseigneur Lobbedey, l’évêque d’Arras récemment entré dans ses fonctions, pour la consécration du nouveau maître-autel. Pour l’occasion, la plupart des maisons de la rue Carnot sont parées de guirlandes et d’oriflammes. Tandis que le clergé attend le prélat sur la place Carnot (aujourd’hui place du Maréchal Leclerc), un cortège de bicyclettes fleuries part à la rencontre de l’évêque sur la route de Boulogne. L’automobile de ce dernier est bientôt signalée. Précédée des cyclistes, elle s’arrêt rue Carnot où Monseigneur est accueili par le curé et le Président du Conseil paroissial, puis tous s’acheminent vers l’église, précédés par l’Harmonie Municipale qui ouvre la marche en musique. A l’intérieur de l’église, l’abbé Vergriette souhaite la bienvenue au prélat en évoquant le développement de Wimereux. Dans sa réponse, l’évêque explique le sens des cérémonies qui vont se dérouler. Bientôt, en effet, commence la consécration de l’autel, suivie avec beaucoup d’intérêt par la foule des fidèles. A la tribune, le vicaire dirige une maîtrise improvisée qui entonne hymnes et psaumes. L’eau et les huiles bénites coulent sur la pierre de marbre puis des foyers de cire et d’encens, allumés aux quatre coins de l’autel, montent jusqu’aux voûtes. L’évêque y place les reliques de Saint-Victor et Saint-Fortuné. Une fois la consécration terminée, sur la nouvelle « table eucharistique » revêtue de ses nappes et de ses chandeliers, l’abbé Pourchaux qui est revenu spécialement pour l’occasion, commence la messe. Au cours de celle-ci, le choeur chante – entre autres – un « O Salutaris » et un « Ave Verum ». L’après-midi, vers 15 heures, Monseigneur Lobbedey se rend à la vente de charité organisée dans la salle Jeanne d’Arc au profit des oeuvres de la paroisse, puis s’en retourne à Arras. Une belle journée qui « manque d’une pierre blanche » les annales.

 

-4- La guerre 14-18 : réconfort spirituel de l’homme qui souffre dans sa chaire

La Première Guerre Mondiale éclate. L’Abbé Vergriette a rédigé quelques notes sur cette guerre vécue à Wimereux. Nous les avons retrouvées récemment dans les archives diocésaines. Vous pouvez les explorer dans nos archives numérisées en ligne.

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°7)

Le 31 juillet 1914, à 3h du matin, le tambour retentit dans les rues anonçant le début de la guerre et la mobilisation générale. A 9h, un premier train emporte 200 mobilisés. Le lendemain et les jours suivants, mêmes scènes de séparation. L’abbé Tilliette mobilisé parmi les premiers, quitte Wimereux le 2 août. Il ne reviendra qu’en juillet 1919 avec la croix de guerre et deux citations.

En ces temps difficiles, on assiste dans la paroisse à un regain de ferveur pour assister à la messe le matin et au chapelet le soir, ainsi que pour l’exposition du Saint-Sacrement le 1er vendredi du mois. Parmi la foule venue prier, beaucoup de réfugiés du nord de la France et de la Belgique, dont de nombreux prêtres et vicaires qui aident l’abbé Vergriette en assurant messes, confessions et cours de catéchisme.

Wimereux devient base sanitaire pour l’armée britannique. Hôtels et pensions de famille sont transformés en hôpitaux ou en salles de grande chirurgie (Splendid-Hôtel).

Dans les premiers mois de la guerre, c’est la paroisse qui assure le service religieux des hôpitaux, puis trois aumôniers catholiques anglais prennent le relais. On leur construit deux petites chapelles de bois : l’une dans la plaine de Honvault, l’autre à la Pointe aux Oies. Le troisième aumônier, spécialement chargé des hôpitaux établis dans les hôtels de la plage, célèbre la messe dans l’église.

Durant leur séjour à Wimereux, un certain nombre de soldats anglais se convertissent. Ce qui les a impressionés, et ce qui a motivé cette conversion, c’est la foi des aumôniers catholiques en face des blessés et des mourants. Ils savaient consoler et encourager, à la différence de leurs homologues protestants qui restaient en arrière et ne trouvaient rien à dire aux malades. Enfin, les soldats ont été touchés par la ferveur du peuple français quand ce dernier assiste, en foule, aux offices, ce qui n’est pas le cas en Angleterre.

A la fin de la guerre, les avions allemands bombardent les campements anglais, mais la paroisse est protégée.

-5- Dans le marbre…

En 1920, deux monuments, réalisés par Jules Bouldoduc, marbrier Wimereusien, sont élevés aux victimes de la commune. Le premier dans l’église, réalisé grâce à une souscription, est béni le lundi de Pentecôte, le 24 mai. Il est placé au centre de la nef centrale, sous le calvaire qui se trouve face à la chaire ; le second est érigé à côté de la mairie et sera inauguré et béni le dimanche 22 août. (Jules Bouldoduc réalisa aussi, entre autres, les monuments aux morts des communes d’Audresselles (1921), et de Saint-Léger-lès-Domart dans la Somme (1921).)

En 1920, après les épreuves de la Grande Guerre, l’abbé doit faire face à des problèmes de santé. Une pneumonie faillit l’emporter en mars. Affaibli, et avec l’accord de l’évêque, il quitte Wimereux le 21 octobre et se retire à Saint-Omer.

Concernant la pneumonie de l’Abbé Vergriette, voici une anecdote incroyable qui recoupe, telle une enquête, plusieurs informations de découverte récente et, a priori, complètement indépendantes mais concernant finalement le même fait historique. Un ex voto très particulier a été retrouvé parmi tant d’autres en janvier 2017. Ils gisaient tous, oubliés, dans la poussière des appentis du garage du presbytère ; ils ont été identifiés lors du déménagement et grand nettoyage rendus indispensables avant la vente, par la mairie, de ce bâtiment devenu vétuste. Heureusement, l’œil averti des personnes présentes a évité que ces ex voto, et l’un d’entre eux en particulier, ne partent à la déchetterie. Ce dernier a une grande valeur symbolique pour la paroisse : il est l’un des rares pour lequel il a été possible d’identifier son auteur, d’une part grâce à son inscription : « Reconnaissance à Saint Joseph, patron des causes désespérées – 19 mars 1920 – L. V. », et, d’autre part, grâce aux informations précieuses découvertes en février 2016 aux archives diocésaines dans des carnets historiques de la paroisse transférés à Arras. Nous y avions photographiés page par page ces carnets. Dans ceux-ci étaient consignés, par chaque prêtre, année par année, tous les événements importants concernant la paroisse. Et, en juin 2017, en compulsant tranquillement les clichés de ceux-ci pris quelques mois plus tôt, nous avons pu lire, dans la section consacrée à l’année 1920, que, cette année-là, l’abbé Louis Vergriette (L. V.) avait failli mourir d’une pneumonie, et que les paroissiens avaient prié Saint Joseph en demandant sa guérison. On y lit ensuite qu’il a été guéri, et qu’en remerciement pour cette guérison attribuée à l’intercession de ce Saint, le curé ainsi guéri a décidé de lui offrir un ex voto. Il était fixé à côté de la statue de Saint-Joseph et de son autel (placé à l’époque au niveau du vitrail central du mur sud de la chapelle Notre-Dame, actuellement vitrail du Sacré-Cœur de Jésus). Nous pouvons le dire avec certitude, car il est nettement visible sur des photos d’époque montrant l’autel Saint-Joseph, sa statue, et le mur adjacent couvert d’ex voto dont celui-ci tout à fait identifiable à droite de l’autel, en hauteur, avec sa veine sombre barrant le marbre en diagonal, ses lettres L.V. et de plus grande taille que les autres.

L’ex voto de l’Abbé Vergriette est partiellement caché par la lampe sur la photo d’époque.

Mais l’histoire ne s’arrêt pas là ! Quand on retourne la plaque, on peut y lire une autre inscription ! Le marbrier avait en effet réutilisé une ancienne plaque tombale démontée par la suite. Questions d’économies ! Le texte de l’autre face est encore plus émouvant ; le voici : « Décédé à Wimereux le 5 juillet 1918 à l’âge de 12 ans – R.I.P. ». Qui était cet enfant, et de quoi était-il mort ? Le secret pouvait paraître à tout jamais scellé. Mais des recherches faites à la Mairie ont permis de retrouver l’acte de décès. Cet enfant s’appelait Jean-Pierre Gabriel Evrard-Havenith, de nationalité belge, fils d’Emile Evrard, officier de l’armée belge résidant à l’époque à Wimereux à la Villa les Aulnes, rue du Général de Gaulle. Il était décédé accidentellement le 5 juillet, son décès a été déclaré à la mairie le lendemain. Les funérailles ont eut lieu le mardi suivant et ont eu un retentissement important dans la paroisse. Lors du rapatriement en Belgique du corps de l’enfant après la guerre, la plaque tombale est restée à Wimereux et a été récupérée par le marbrier, puis réutilisée pour faire l’ex voto de l’Abbé Vergriette, sans que personne durant des décennies ne puisse se douter de son origine, hormis le marbrier.

(article établi à partir du livre d'Arnaud Destombes :

 "Immaculée-Conception de Wimereux - Histoire d'une église, histoire d'une paroisse ...)

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