Ch 3 – 2 : Avant-Guerre sous l’Abbé Mourmier (1936-1939)

Chap 3 : Enrichissement 2 : Avant-Guerre sous l’Abbé Mourmier (1936-1939)

-1- Arrivée de l’Abbé Mourmier

Le 15 septembre 1936, l’abbé Paul Mourmier, vicaire de la paroisse de Saint-Nicolas de Boulogne, est nommé curé de la paroisse de Wimereux, après une administration temporaires par l’abbé Planchon du diocèse de Cambrai à la suite du décès de l’Abbé Brassart survenu le 17 août 1936. L’abbé Mourmier est installé officiellement par le chanoine Guillemin, nouveau doyen de Saint-Pierre, le 20 septembre. Pour l’accueillir, les rues de Wimereux sont parées aux couleurs de la Vierge. Après la municipalité et Joseph Malahieude, président du Conseil paroissial, c’est l’abbé Lecocq, doyen de la paroisse Saint-Nicolas, qui présente en quelques mots son ancien vicaire, aujourd’hui appelé à de nouvelles fonctions. Ce dernier répond en reprenant le verset évangélique de Saint Luc : « Misit me Dominus evangeligere pauperibus… » (« Le Seigneur m’a envoyé pour instruire les pauvres … »).

Après le Salut, un repas servi à l’hôtel Regina réunit les invités du nouveau curé de Wimereux. L’occasion pour ce dernier de remercier tous les organisateurs de cette fête.

-2- La paroisse redémarre sous l’impulsion du nouveau curé

Dès sa prise de fonction, l’abbé Mourmier redynamise la paroisse qui s’était peu à peu endormie. Les oeuvres sont mises en route et atteignent le chiffre de 40. Il a fort à faire en riason de la population sans cesse grandissante, du nombre d’enfants, et des distances à parcourir pour tout gérer. Heureusement, un jeune prêtre de 39 ans, l’abbé André Verhille, est nommé vicaire par l’évêque pour l’épauler. Les catéchismes reprennent leur marche normale, le patronage fermé depuis de nombreuses anées reçoit des aménagements et rouvre ses portes fin octobre. La beauté des offices est réhaussée les jours de fête par la constitution d’une petite maîtrise, et, au service de l’autel, 12 enfants de choeur encadrés par l’abbé Verhille prennent leur fonction très au sérieux.

L’abbé Mourmier tient à ce qu’on n’oublie pas les anciens pasteurs de la paroisse, à commencer par le premier d’entre eux, l’abbé Le Bègue. C’est pourquoi une plaque de marbre commémorative, placée dans le transept gauche, est inaugurée le 15 novembre 1936, pour les 70 ans de la pose de la première pierre de l’église. Le même jour, à l’extérieur, quai de l’église (aujourd’hui quai Théophile Dobelle), est placé un grand calvaire, offert par souscription à la mémoire de l’abbé Brassart. Il est bénit par le doyen de Saint-Pierre de Boulogne.

-3- Restauration de l’orgue

Après mûres réflexions, en 1937, on se décide à commencer une série de restaurations nécessaires, à commencer par celle de l’orgue qui est en très mauvais étét. C’est Jean Decroix qui est chargé de sa réfection complète pour la somme de 13 000 Frs. Après quatre mois de travaus, l’instrument restauré est inauguré le 25 juillet 1937 par Jean Pergola, organiste titulaire de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris. Le programme se compose de plusieurs parties destinées à mettre en valeur les différentes facettes de l’instrument. Il a d’ailleurs été magnifiquement rejoué et interprété lors de la fête des 150 ans de l’église, le 19 novembre 2016, par Didier Hennuyer, titulaire des orgues de la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception-et-Saint-Joseph de Boulogne. Les différentes facettes de l’oruge mises en valeur dans ce programme sont :

  • L’orgue dramatique, avec la Toccata & Fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach ;
  • L’orgue joyeux, avec un Noël de Louis-Claude Daquin, et le Carillon de Westminster de Louis Vierne ;
  • L’orgue funèbre, avec Le Jour des Morts au Mont Saint-Michel, d’Albert Périlhou, et Epitaphe de Louis Vierne ;
  • L’orgue mystique, avec un Adagio de Franz Liszt, la Cantabile de la 5e Symphonie de Charles-Marie Widor, et Invocation d’Alexandre Guilmant ;
  • L’orgue solennel, avec le Choral en mi majeur de César Franck.
  • L’orgue liturgique, avec une improvisation sur des thèmes liturgiques ;
  • L’orgue glorieux, avec le Final en ré mineur de Félix Mendelssohn ;
  • Enfin un Salut est chanté par la Maîrise de l’église Saint-Nicolas de Boulogne, sous la direction de l’abbé Warot, maître de chapelle ; pendant ce temps une quête est faite par Mesdemoiselles Thiriez et Ruffelet, au profit des travaux de l’orgue.

A l’issu du concert, l’abbé Mourmier prend la parole pour retracer l’historique de l’instrument et rendre hommage aux personnes sans lesquelles sa présence dans l’église et sa récente restauration n’auraient pas pu être possibles : l’abbé Brassart, qui a acquis l’orgue, Monsieur Dégardin, organiste de la paroisse, qui a entrepris la 1ere restauration de l’orgue avec son fils, malheureusement interrompue par le décès accidentel de dernier, et Jean Decroix qui vient d’effectuer la seconde remise en état. L’abbé Mourmier n’oublie pas de remercier les quelques souscripteurs qui l’ont aidé à financer les travaux, et en particulier Monsieur Dumaine. Celui-ci, malade, a tenu, avant de rendre l’âme, à participer à la souscription par un don de 500 Frs.

-4- Fêtes Mariales à Honvault

Des fêtes mariales se déroulaient chaque année sur le lieu même où la statue miraculeuse de Notre-Dame de Boulogne avait été jetée en 1567 par les Huguenots après avoir été enlevée de la cathédrale : il s’agit du puits de la ferme de Honvault. C’est ainsi que l’on a retrouvé dans les archives diocésaines des photos d’une fête mariale qui s’y est tenu le 8 août 1937.

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°11)

L’abbé Mourmier écrivait dans le registre de la paroisse : « J’ai été particulièrement heureux et ému en conduisant processionnellement la main de Notre-Dame de Boulogne aux lieux même où la statue avait été dissimulée (…). Mgr Lejeune (pronotaire apostolique et archiprêtre de Notre-Dame de Boulogne) a prêché devant un autel dressé dans la cour de la ferme. »

Rappel sur l’histoire de la statue miraculeuse de Notre-Dame de Boulogne.

En ce dimanche 12 octobre 1567, les fidèles, venus tôt le matin pour assister à la messe dominicale, n’en croyaient pas leurs yeux. La statue de Notre Dame, celle qui, selon la légende, serait arrivée un jour au port dans une barque sans rame ni voile, en même temps qu’était apparue la Mère de Dieu à un groupe de chrétiens dans la modeste chapelle qui deviendra la cathédrale de Boulogne, cette statue donc, que l’on vénérait depuis des siècles, avait disparu.
On était à l’époque de la Réforme. Le protestantisme faisait alors de nombreux adeptes convertis à la religion nouvelle. On les appelait les Huguenots, surnom donné par les catholiques français aux calvinistes. Bien entendu, c’est à eux qu’on imputa ce méfait. Aussitôt ce fut le branle-bas de combat. On ferma les portes de la haute ville, on perquisitionna dans toutes les maisons, on fouilla partout. On ne trouva pas le ou les auteurs de cet enlèvement mais de rares témoins ont apporté quelques indices sur l’opération menée de main de maître par Johan de Frohart, seigneur d’Honvault, « un bon huguenot qui détestait tout autant la Vierge et les images qui la représentaient ». C’est lui qui organisa l’expédition, accompagné par plusieurs soudards et un sergent nommé Bertrand Brillart.
Ce petit monde s’était introduit dans la cathédrale par la porte de saint Christophe qui fut sortie de ses gonds et donne sur l’actuelle rue du Château.
Selon l’historien P.A. Wimet, un gamin d’une douzaine d’années, Etienne Lebancq, les accompagnait, portant une lanterne. L’enfant n’a jamais oublié cette soirée d’octobre. Si nous connaissons certains détails c’est par sa déposition faite 40 ans plus tard : « Il vit, raconte-t-il, rompre et briser les images en cette église, puis descendre et prendre la statue de la Vierge Marie… Ensuite, Frohart et ses hommes la trainèrent au corps de garde par le moyen d’une corde qu’ils avaient attachée au col de la statue. Là, ils s’efforcèrent, avec une cognée, de la rompre et de la briser mais sans y parvenir . » Devant cet insuccès, ils allumèrent un feu avec des fagots et y jetèrent la statue mais les flammes, ne parvenant pas à la brûler, Frohart décida de ne pas s’attarder davantage et avec l’aide de ses complices, ils la transportèrent chez lui, à Honvault, où il la jeta sur un tas de fumier.
Bertrand Brillart, ne sut pas résister longtemps aux appels intérieurs qui le titillaient. Sa vantardise n’était pas le moindre de ses défauts et il allait, par monts et par vaux, raconter à tous ceux qui voulaient bien l’entendre, les exploits dont il se disait l’instigateur. Un jour où il était de passage à Wimille pour recruter des hommes, il affirma qu’il accomplirait bientôt, d’autres coups de main vu que Madame de Morvilliers, la femme du gouverneur, avait déclaré que les églises lui serviraient d’écuries pour ses chevaux.
Quoi qu’il en soit, le fumier ne fut pas plus efficace que les flammes. En désespoir de cause, le seigneur d’Honvault jeta la statue dans le puits du manoir situé dans une cave, persuadé que personne, au grand jamais, n’aurait l’idée d’aller en scruter les profondeurs. La tradition populaire affirme que l’on entendit, de seconde en seconde, tomber des gouttes d’eau : c’étaient les larmes de la Vierge pleurant le sacrilège.
Contrairement aux certitudes de Frohart, quelqu’un récupéra cette statue dans la nappe aquifère. C’était l’épouse du seigneur de Honvault. Et les années s’égrenaient comme les grains d’un chapelet et, avec elles, les passions politiques et religieuses s’apaisèrent. Le bon roi Henri IV apporta sa pierre à l’édifice de la réconciliation entre les Français en signant l’Edit de Nantes.
Vint le temps où Jehan de Frohart fut pris de remords. Sa femme lui avoua qu’elle avait récupéré l’image de la Vierge mais que fallait-il faire ? La rendre ? Assurément. Mais comment ?
En 1607, sur le point de rendre l’âme, l’ancien huguenot se confia à un ermite vivant dans la forêt de Desvres, Vespasien de Fontaines. Celui-ci avertit aussitôt un prêtre boulonnais, Antoine Gillot, qui s’empressa d’aller au manoir d’Honvault où il prit possession de la statue et la ramena à Boulogne.
La nouvelle du retour de l’image de leur patronne séculaire fut accueillie avec joie et une ferveur redoublée par les Boulonnais. Toutefois, l’autorité ecclésiastique s’empressa de modérer leur enthousiasme. « Cette statue était-elle vraiment l’authentique ? » Telle était la question. Une enquête fut diligentée ; elle dura plusieurs années. Les témoins, ou du moins ceux qui auraient pu apporter quelque lumière, furent invités à déposer. La recherche de documents s’activa ; les interrogatoires se multiplièrent et les théologiens de la Sorbonne furent consultés. Tout concordait pour garantir l’authenticité de la statue mais aucune décision ne fut prise. Au contraire, elle fut confiée à l’abbaye de saint Wulmer et le Chapitre de la cathédrale déclara qu’aucun hommage ne lui fût rendu. Ce qui n’empêcha pas la dévotion populaire de se manifester en toutes circonstances.
Il fallut attendre 1630 pour voir enfin Notre Dame rejoindre le sanctuaire qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

-5- Pose du lambris du choeur par Camille Lenclos

L’Abbé Mourmier fait poser dans le chœur en janvier 1938, un beau lambris en chêne, sculpté et ciré, réalisé par Camille Lenclos, sculpteur spécialisé dans le mobilier liturgique, et dont les ateliers se trouvent à Beuvry. Le travail est effectué pour la somme de 10 000 francs. Camille Lenclos, avait beaucoup œuvré dans l’Artois et a fait l’objet d’une exposition à Béthune en septembre-octobre 2006 au Chateau de Beaulaincourt pour les 100 ans de son atelier consacré à l’art sacré. Il avait acquis une notoriété en 1928 après la commande de 4 confessionnaux destinés à l’église Saint Vaast de Béthune, fraîchement reconstruite. Ce fut une concrétisation du travail réalisé par Camille Lencloset son associé Léopold Lefebvre.

-6- La Voie Ardente passe par Wimereux

Le IVe Congrès Marial National, placé sous la présidence du Légat du Pape Pie XI, le Cardinal LIENART, eut lieu les 21, 22 23 et 24 juillet 1938 à Boulogne sur mer. Mais avant ce grand événement religieux, la Vierge au Bateau sillonna le Nord et le Pas-de-Calais selon un parcours placé sous l’appellation « La Voie Ardente ». C’est ainsi qu’après Ambleteuse, une étape eu lieu à Wimereux les 12 et 13 juillet 1938. Les fidèles déposaient dans la barque les cœurs dorés contenant le vœu de Louis XIII qui avait consacré sa couronne, son royaume et ses sujets à la Madone. (cf archives)

Cliquez sur la vignette ci-dessous pour visualiser le document d’archive en question (document n°12)

-7- Rafraîchissement de l’intérieur de l’église

En 1939, l’intérieur de l’église a bien besoin d’un rafraîchissement. Pour ce faire, une série d’importants travaux, prévus de longue date, sont réalisés de janvier à avril.

Ces derniers concernent principalement la maçonnerie et la peinture. C’est la municipalité qui se charge des murs. Les enduits fissurés et qui datent pour les plus anciens de la construction de l’église, tombent sous les marteaux des ouvriers. On couvre ensuite les murs d’un enduit à la chaux. Le travail supervisé par l’entreprise Malahieude Père et Fils est exécuté pour la somme de 12 000 francs et dure 3 semaines.

On profite de la présence des ouvriers pour transporter la grotte de Notre-Dame de Lourdes, qui se trouvait jusqu’alors dans la chapelle de la Vierge, dans la chapelle des fonts baptismaux. La chapelle est décorée par M. Bernardi de Boulogne-sur-Mer, également auteur de la statue.

Le plus gros travail est celui de la décoration des plafonds, dont le chantier est confié aux établissements Husset Père et Fils, de Boulogne-sur-Mer. La décoration du plafond de la nef centrale, commencée par l’abbé Hoffmann et qui n’avait pas été poursuivie en 1904 lors de l’agrandissement, est terminé, 34 ans après l’achèvement de l’extension, en reprenant les motifs peints par le vicaire.

La chapelle de la Vierge reçoit une décoration symbolique, dans les tons bleus, avec des étoiles, et surtout des lys dans les épines, symbole de l’Immaculée-Conception.

Le décor de la chapelle opposée (aujourd’hui dédiée à saint Joseph) est consacré à la Passion et au Sacré Cœur. Le plafond est peint dans des tons rouges, relevés par la passiflore, fleur dans laquelle les Jésuites croyaient retrouver les symboles de la Passion : la couronne d’épines, les 3 clous, le fouet, le marteau et les 5 plaies (passiflore signifie : « Fleur de la Passion »).

La pièce intermédiaire de la sacristie est elle aussi réalisée aussi en 1939.

L’ensemble des travaux est achevé le 9 avril 1939, et tous sont d’accord pour dire que cela donne un aspect plus agréable à l’église. Malheureusement, dès le Jour de Pâques, des fissures réapparaissent sur les murs de la chapelle de la Vierge, et ne feront que s’agrandir les mois suivants. Le travail de maçonnerie payé par la municipalité n’avait pas été effectué correctement.

La sacristie, fort défraîchie également, n’a pas été oubliée dans les travaux. Elle sera légèrement agrandie, un meuble, un placard et des lambris le long des murs, seront ajoutés.

Mais en 1939, la Seconde Guerre Mondiale éclate…

(article établi à partir du livre d'Arnaud Destombes :

 "Immaculée-Conception de Wimereux - Histoire d'une église, histoire d'une paroisse ...)

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