L’Abbé Gustave Lebègue

L’abbé Gustave Lebègue

Vous retrouverez la période de l’histoire de l’église de l’Immaculée-Conception concernant l’Abbé Lebègue au chapitre 1 du « Récit d’une aventure » en cliquant sur :

L’abbé Gustave Lebègue est né le 11 avril 1814 à Cucq (661 habitants en 1820). Ses parents sont Pierre François Laurent, cultivateur, né dans la commune de Rimboval (551 habitants en 1820) et Marie Jeanne Michault, née à Cucq (ils se sont mariés à Cucq le 17 janvier 1810). Gustave à une sœur aînée née à Cucq le 5 novembre 1810 prénommée Aurore Clorinde. Il fait ses études au collège de Montreuil-sur-Mer, puis il entre au grand Séminaire. Ordonné prêtre le 21 décembre 1839, il est nommé vicaire de la paroisse de Wimille de 1840 à 1842, puis curé de Maninghen et de Zoteux où il ne reste que quelques temps. Il est ensuite nommé vicaire à l’importante paroisse de St-Joseph à Boulogne où il reste près de dix années. (*)

Lui qui souhaitait être missionnaire dans des contrées lointaine, il fut nommé par Mgr Parisis (qui ne vouait pas se séparer d’un prêtre aussi précieux) comme « missionnaire » sur les terres d’Equihen (sans clocher !), près d’Outreau. « Vicaire de St Joseph de Boulogne depuis plus de neuf ans. Dieu m’inspira la pensée de venir au secours des marins d’Equihen actuellement au nombre de 700 environ et privés presque entièrement de secours religieux, à cause de leur éloignement d’Outreau jusqu’alors leur paroisse. Je confiais mon désir à Monseigneur Parisis, évêque d’Arras, dans sa visite pastorale du mois de décembre 1852 qui l’approuva et vint m’installer le 15 du dit mois. » (*)

Il devient ainsi le curé d’Equihen après y avoir fondé une église le le 20 août 1854, puis un presbytère, puis une école de fille.

Monseigneur Parisis pour témoigner sa satisfaction au curé Lebègue devant l’œuvre accomplie le nomma curé de l’importante paroisse de Wimille en 1859. Il sera distingué et honoré par son évêque en recevant quelques années plus tard le titre de chanoine honoraire de la Cathédrale d’Arras. (*)

C’était une « promotion » pour lui, la paroisse de Wimille était « riche » et offrait à son curé des ressources substantielles. L’agriculture y était florissante et la population de plus de 2000 habitants en faisait une des paroisses les plus importantes du Boulonnais. La paroisse Saint-Pierre de Wimille, à son arrivée comptait également deux vicaires. (*)

La paroisse de Wimille comptait 2120 habitants en 1861. Comme Outreau dont dépendait Equihen, la paroisse était très étendue (plus de 4000 hectares) et la population très dispersée avec de nombreux écarts: Wimille centre: 505 habitants – Les Garennes 271 –  Wimereux 186 – Gazemetz 83 – Olincthun 65 – La Poterie 65 – Le Baston 55 – Malbrouch 54 – Terlincthun 48 (*)

(*) Source : Alain Evrard : « Le curé Lebègue, un prêtre bâtisseur au service de la foi », conférence pour l’AEICW le 11 juillet 2022

Le 23 février 1859, il est donc nommé curé de Wimille, pour remplacer l’abbé Roger. L’annonce de sa venue provoque l’opposition d’une partie des paroissiens, comme le Baron de Rosny, qui préfèreraient avoir l’abbé Ellart, leur vicaire. Plusieurs courriers en ce sens sont adressés à l’Evêque qui doit faire preuve de fermeté et sommer le vicaire de préparer le terrain à son successeur.

L’époque était à l’essor de la balnéothérapie et au déploiement de la ligne de chemin de fer. La ligne Calais-Boulogne-Paris était incomplète.

C’est suite au décret de 1857 (où l’État donne son accord pour que la ligne de chemin de fer Amiens-Boulogne soit prolongée jusqu’à Calais), que les travaux du viaduc vont se mettre en place à partir de 1859, ouvrant l’accès au littoral et à la belle époque des bains de mer. Il est achevé en 1863 et la gare Wimille-Wimereux, dont le conseil municipal de Wimille avait voté l’implantation le 17 août 1862, sera inaugurée le 7 janvier 1867. Le débat sur son lieu définitif avait été vif. Des partisans avait souhaité voir son installation au lieu dit d’Aubengue. Les élus wimillois restèrent déterminés pour Wimereux.

De plus, on commençait à parler à l’époque de « station balnéaire ». Le mot était nouveau et pour un ensemble de gens de la terre, cette activité de bains de mer restait bien abstraite. Mais l’abbé Lebègue, très féru de la science, de médecine et de technologie, savait bien que, sur les dunes du hameau de Wimereux, cette conjonction entre l’intérêt pour la balnéothérapie et l’essor du chemin de fer, pourrait être déterminante dans le développement urbain d’une nouvelle station balnéaire en ce lieu. Du sable, via le chemin de fer, par l’attrait de la mer, sortiront des pierres.

La construction du viaduc venait de démarrer, et la gare de Wimille allait bon train. Quelques « chalets » (que l’on appelle maintenant « villas ») commençaient déjà à se multiplier et jaillissaient des dunes du hameau de Wimereux, pour héberger l’été les familles de la bourgeoisie industrielle du Nord venues se refaire une santé à la mer. Mais l’abbé Lebègue, en bon curé de Wimille, ne voyait pas ces familles venir à la messe dominicale à l’église de Wimille. Il décide donc de fonder au Hameau de Wimereux une chapelle de secours pour les personnes vivant sur la côte. La première pierre sera posée le 17 novembre 1866 (quelques mois avant l’inauguration de la gare de Wimille-Wimereux !) et l’église ouverte au culte en 1868. Wimereux se développera ensuite autour de son église…

Il faut donc le rappeler : c’est grâce à opiniâtreté de l’Abbé Lebègue, et à son esprit visionnaire, que la construction de l’église de Wimereux vit le jour en 1866, dans ce hameau de Wimille qui n’était qu’une bande de dunes avec quelques cabanes de pêcheurs, 63 ans après que le camp de Napoléon pour envahir l’Angleterre eût été abandonné, et où quelques vestiges demeuraient encore sous forme de baraques.

En 1873, l’abbé poursuit son œuvre et fait construire derrière l’église un ouvroir dans lequel il installe 3 religieuses de l’Immaculée-Conception, dont la mission était de parfaire l’éducation des filles.

Pressentant le futur développement du hameau et donc la rapide transformation de sa chapelle en église paroissiale, il offre à la commune de Wimille un terrain qui permettra de construire un presbytère pour le futur curé.

La santé du curé Lebègue, déjà affaibli par l’âge, se dégrade dans le courant du mois de juin 1875, âgé de 60 ans, il est atteint d’un AVC. Il subit une première attaque dont il se remet mais reste très diminué souffrant d’une paralysie partielle. Le 12 février 1876, après une nouvelle attaque, il s’éteint au presbytère entouré de ses deux vicaires après avoir reçu les derniers sacrements.

Autant son arrivée avait été mouvementée et froidement accueillie, autant l’annonce de sa disparition provoque dans la région une chaude émotion emprunte d’une considérable tristesse. Le Conseil Municipal de Wimille lui rendra un vibrant hommage.

Son oraison funèbre fut prononcée le 17 février 1876, le jour de ses funérailles à Saint-Pierre de Wimille, par l’abbé Jonas, grand doyen de l’arrondissement de Boulogne. Nous en avons retrouvé une édition aux archives départementales : en voici la reproduction.

Une souscription fut ouverte à l’époque dans la paroisse de Wimille, dans le but d’ériger un monument funèraire à la mémoire de l’Abbé Lebègue, fondateur de l’église de Wimereux.

Cette tombe « à perpétuité » est actuellement en péril, et, à la demande de la Paroisse Saint-Jean-du-Wimereux, avec le soutien des Villes de Wimille et de Wimereux, elle fait l’objet, par la Commission Nationale de Sauvegarde du Patrimoine Funéraire, d’un projet de restauration commun avec celle de la tombe mitoyenne qui est celle de Théophile Dobelle. (« Théophile » étant son prénom usuel, alors que son premier prénom officiel à l’état civil était « Prudent ») (source : Sylvie Petitbois : article « La famille Dobelle »)). Ce dernier vint sur Wimille pour participer à la construction du viaduc, et se maria en 1864 avec une demoiselle locale, Joséphine Mercier, fille d’hôteliers, et s’implanta donc à Wimereux. Ils eurent ensemble … beaucoup de petits hôtels, et aussi quatre enfants (dont l’un d’eux, appelé communément « Théophile » (aussi !) selon son 3e prénom d’état civil, devint maire de Wimereux de 1910 à 1912). Sur le monument de Théophile Dobelle (père), on peut lire la mention « Fondateur de Wimereux ». Son buste trône sur le palier du 1er étage de l’Hôtel de Ville de Wimereux. Ainsi, deux « co-fondateurs » de l’âme de Wimereux auront leur mémoire préservée pour les génération à venir.

EXTRAITS D’UN TEXTE DE JACQUELINE SOLVET D’APRES LES RECITS DE LA FAMILLE DOBELLE :

« Aux élections municipales de 1884, le hameau de Wimereux est décrété « section électorale de Wimille », seront alors désignés 6 conseillers municipaux dont « Théophile » Dobelle-Mercier.

Il prendra part à la création d’une école mixte au hameau de Wimereux qui ouvrira en 1887. Il insistera sur la nécessité de travaux d’assainissement : des aqueducs sont mis en place rue Napoléon, un égout collecteur est créé puis par la suite les fosses étanches deviendront obligatoires.

Et pendant tout ce temps, il reste un ardent défenseur de l’indépendance de Wimereux à laquelle s’oppose Wimille. Demande faite à plusieurs reprises et qui se termine toujours d’une fin de non-recevoir.

« Théophile » DOBELLE-MERCIER sera aussi fondateur et animateur du « Comité de la Plage », qui le 26 mai 1897 procédera à la consultation de la population. Le résultat sera sans appel, la majorité se prononcera en faveur de la séparation des 2 communes. La victoire était proche, personne n’en doutait plus. Mais Théophile décédera 3 semaines plus tard, le 4 juin 1897 à 57 ans. Il n’aura pas eu le bonheur de vivre l’émancipation de Wimereux qui deviendra commune indépendante le 26 mai 1899. Comme l’écrit M. Guy Bataille (historien, journaliste à La Voix du Nord) : « Amère victoire, sa disparition fut ressentie comme une perte irréparable dans la population ». Je relève sur le journal local : « C’est son sens des affaires, sa prévoyance du futur fait de progrès et de mise en valeur, c’est son activité qui a contribué à créer la plage de Wimereux ».

Le 4 juin eut lieu l’inauguration de son monument funéraire surmonté de son buste (œuvre du sculpteur Achille Blot). En présence du sous-préfet Briens, du sénateur Huguet et d’Omer Dewavrin, conseiller général. Un des discours laissera entrevoir que concernant l’indépendance de Wimereux, on pouvait espérer une issue favorable… Le journaliste Charles Ternisien, lui, insistera sur la peine que ressentait la population, toujours selon Monsieur Guy Bataille. »

Le 3 juillet 2007, le conseil municipal a voté à l’unanimité la dénomination « Quai Théophile Dobelle » désigné auparavant « Quai de l’église ». Le 1er septembre 2007, en présence de Monsieur le Maire, de la famille Dobelle, de leurs amis et sympathisants, fut dévoilée une plaque portant la mention : « Quai Théophile Dobelle, fondateur de Wimereux, 1841-1897 ». Un hommage bien mérité, destiné à un homme dont le travail, la probité, la générosité, ne faisait aucun doute pour ceux qui l’on connu. Sur sa tombe, dans le cimetière de Wimille, on peut lire l’épitaphe suivante : « Loyal et bon, respecté de tous, qu’il repose en paix » .

(Théophile Dobelle, par Achille Blot, version sculptée dans le marbre du buste mis au enchères sur Auction, le 16 janvier 2021)

 

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