Prieuré de Subiaco à Inxent

L’ermitage de Subiaco à Inxent

Voici quelques photos du quasi-prieuré (ou ermitage) de Subiaco à Inxent, où le R.P. Delpierre s’est retiré en 1981 après avoir interrompu son ministère paroissial de Wimereux pour raison de santé.

Il y avait fait construire un Oratoire, dans le style épuré des moines bénédictins de l’époque, très ressemblant à la partie moderne de l’abbaye Saint-Paul de Wisques. Il a été construit après son départ en retraite grâce à une offrande collective et ce sur l’initiative du Président du Conseil paroissial, M.Albert Gournay et les membres de son conseil.

Ci-dessous : copie de l’appel aux dons auprès des paroissiens de Wimereux en 1981 pour permettre la construction de cet oratoire (cliquer pour ouvrir en grand).

Le Père Delpierre disait, comme nous l’a évoqué le Dr Jacques Bresson, ancien maire de Wimereux, que « l’édifice comptait  autant de briques qu’il y avait d’habitants à Wimereux » (selon le recensement en cours à l’époque).

Les pierres de l’autel ont été ramenées des ses pèlerinages à Jérusalem. La table de cet autel est circulaire pour permettre d’y concélébrer la messe avec plusieurs prêtres installés en cercle. La base de l’autel est décorée par un bas relief de Nicole Hémard représentant les pèlerins d’Emmaüs. Le Christ au centre tient en main le pain qu’il partage avec ses deux compagnons de voyage rencontrés en chemin, et se dévoile ainsi à eux. Ce pain est une « tranche » de tronc d’arbre fosilisé.

Au-dessus de cet autel se tient une magnifique statue métallique représentant, sous la forme d’une colombe, le Saint-Esprit. Voici la photo qu’il en fit et qu’il envoya fièrement après son achèvement, sous forme de voeux, en 1984,  notamment au Docteur BRESSON, ancien maire de Wimereux à l’époque du ministère sacerdotal du R.P. Delpierre en cette ville.

Cet oratoire a accueilli nombre de prêtre en retraite, ou même de communiants…

Depuis le 7 octobre 2001, suite au décès du R.P. DELPIERRE, Nicole Hémard en assurait en ermite la pérennité, où elle vivait retirée, humblement, loin des projecteurs.

Vues panoramiques de l’intérieur de l’oratoire : cliquer pour visualiser les détails :

Cliquer sur les vignettes ci-dessous pour lire les biographies des deux personnages emblématiques de Subiaco à Inxent.

Pourquoi le nom de Subiaco ?

Comme il se doit, le R.P. Delpierre,  ancien moine bénédictin, a trouvé cette référence dans la vie de Saint-Benoît. Vers l’an 500, saint Benoît de Nursie fuit le monde dans une caverne inaccessible à Subiaco (en Italie), puis il y fonda son premier monastère, aujourd’hui abbaye de Subiaco, d’où devait naître quelques années plus tard l’ordre des Bénédictins. On connaît peu la vie de saint Benoît (480 – 547). Il a pourtant rédigé la règle qui régit l’un des ordres monastiques les plus importants. Mais lisons plus en détail la vie de ce saint pour mieux comprendre…

Ci-dessous : le monastère Sainte-Scholastique à Subiaco (Italie)

Saint Benoît de Nursie : Père du monachisme

Benoît naît vers 480-490, issu d’une famille noble romaine de Nursie (Norcia, à 110 km au NNE de Rome), en Ombrie. Son père Eutrope, fils de Justinien Probus, de la gens Anicia, est consul et capitaine général des Romains dans la région de Nursie, sa mère Abbondanza Claudia de Reguardati di Norcia appartient à la famille Reguardati, des comtes de Nursie. Il a une sœur, Scholastique. Il naît dans une famille chrétienne qui le nomme Benoît, prénom chrétien signifiant bénédiction.

Son enfance se déroule à Nursie, où il vit avec ses parents et reçoit une bonne instruction. À cette époque, les enfants de l’aristocratie sont placés sous la direction d’un esclave particulièrement instruit, ce qui fut sans doute le cas de Benoît. Nursie possède alors deux églises où le culte de deux saints est déjà développé : saint Eutychius et saint Florentius. Arrivé à l’âge de l’adolescence, Benoît quitte sa famille, comme la majorité des enfants de la noblesse italienne, pour faire des études libérales. Il part pour Rome, sans doute afin d’y étudier le droit et les lettres classiques, études obligées des jeunes destinés aux responsabilités administratives.

Benoît part avec sa gouvernante et arrive à Rome vers l’an 495. La tradition précise qu’ils s’installent sur la rive droite du Tibre, près de l’Aventin, dans ce qui deviendra plus tard l’église Saint-Benoît.

Rome est alors une ville de près de 450 000 habitants, tandis que la politique intérieure de Théodoric le Grand favorise la paix et l’activité des artistes et des administrateurs romains. L’empereur cherche à embellir et restaurer la ville, et de nombreuses fêtes font de Rome une ville dynamique. Le mode de vie romain et le désordre moral où sombrent ses compagnons choquent rapidement Benoît, qui décide de fuir avec Cyrilla afin de pouvoir se consacrer entièrement à la Bible. Son départ est motivé par la peur de  » tomber dans l’abîme des vices, de l’ambition et de la sensualité « . Il choisit « la science du non-savoir et la docte ignorance ». C’est son fond profondément religieux qui pousse Benoît à quitter Rome et la carrière qui lui était promise.

Ils quittent la ville par la Porte Tiburtine et marchent vers le sud. Ils s’arrêtent à Enfide, où ils trouvent refuge dans l’église San Pietro. Enfide (actuellement Affile) est une localité située à 50 kilomètres de Rome, sur le versant des monts Ernici. C’est dans cette localité qu’aurait eu lieu le premier miracle de Benoît : sa servante ayant par maladresse cassé en deux un crible emprunté à une voisine, Benoît prend l’ustensile, prie, et le répare sans aucune trace de fêlure. Ce miracle conduit à sa soudaine popularité, il décide alors de fuir tout son entourage pour « aller dans le désert » dans la localité voisine de Subiaco et y mener une vie érémitique.

Un certain jour, alors qu’il est seul, Benoît commence à penser à une femme très belle qu’il a rencontrée lors de son séjour à Rome. Face à cette tentation de retourner dans le monde, il se roule tout nu dans un buisson d’épines et d’orties et s’immunise ainsi contre toute tentation ultérieure.

Dans sa quête de solitude Benoît rencontre à Subiaco un moine, nommé Romain, à qui il demande de lui indiquer un lieu peu visible et difficilement accessible. Ce moine lui montre une grotte, au pied d’une falaise, où Benoît s’installe. La grotte sera baptisée plus tard la Sacro Speco, la Sainte Grotte.

L’amitié entre le moine et Benoît se concrétise par une aide matérielle : le moine lui apporte régulièrement de la nourriture ainsi que des textes à l’aide d’un panier accroché à une corde et une clochette. C’est ce même moine romain qui donne à Benoît ses premiers habits religieux, le recevant ainsi dans les ordres mineurs. Benoît suit alors le mode de vie des anachorètes, inauguré par Paul de Thèbes et poursuivi par Antoine le Grand, Jérôme de Stridon, Basile de Césarée, assez courant dans le monde romain depuis le iiie siècle.

La vie érémétique de Benoît s’arrête au bout de trois ans, quand le moine Romain ne vient plus le visiter, peut-être pour cause de décès. C’est au cours de la nuit de Pâques, alors que Benoît a perdu toute notion de calendrier, qu’un curé de campagne est incité en songe à lui apporter de la nourriture. Il écoute la voix du songe et, peu après, parle de Benoît autour de lui. La renommée de Benoît croît et de nombreuses personnes des alentours lui rendent visite.

Peu de temps après, des moines ayant perdu leur supérieur demandent à Benoît de devenir leur abbé. Après avoir décliné une première fois l’invitation, il se laisse finalement convaincre et décide alors de quitter sa grotte pour Vicovaro.

C’est vers 510, que Benoît devient abbé pour la première fois. Très vite il se rend compte que sa communauté de Vicovaro ne respecte pas rigoureusement la règle de saint Pacôme qui avait organisé les premières communautés religieuses. Benoît cherche à y restaurer l’ordre, en rétablissant l’autorité et les pénitences. Très vite les moines regrettent de l’avoir élu abbé. Ils cherchent alors à l’empoisonner en mélangeant des herbes vénéneuses à son vin. Lors du bénédicité, Benoît fait un signe de croix et sa coupe de vin se brise. Sans violence, il décide de partir et de retrouver la solitude de sa grotte.

Benoît semble soulagé de retourner à sa retraite : « Il revint alors au lieu de sa chère solitude et, seul sous le regard de Celui qui voit d’en-haut, il habita avec lui-même ».
Alors qu’il vit retiré dans sa grotte, il voit venir à lui quantité de disciples désireux de « servir avec lui le Dieu tout-puissant ». Il quitte sa grotte et décide de s’installer avec ses disciples en bordure d’un lac, à Subiaco, où il restera entre vingt et trente ans.

La fondation d’un monastère est régie depuis le concile de Chalcédoine par l’autorisation de l’évêque. Benoît a donc sans doute reçu l’approbation de l’évêque du lieu pour fonder cette communauté.

Pour tout ce monde, il construit douze maisons, avec – pour chacune – douze moines et un abbé. Lui-même, Benoît, demeure dans une treizième maison, se chargeant d’y former les jeunes recrues. Parmi les jeunes gens venus se présenter, il y en a « de bonne espérance » : Maur, qui devient rapidement son auxiliaire, et le tout jeune Placide.

Chaque nouvelle maison, ou petit monastère, est confiée au patronage d’un saint. Benoît s’inspire en grande partie de l’exemple de Sabas le Sanctifié. Mais il refuse les dérives des communautés cénobitiques d’Orient, car il est opposé à leurs pénitences excessives. Il insiste sur la nécessité de l’humilité plutôt que sur les mortifications.

Dans Dialogues, Livre II, Grégoire le Grand rapporte quelques prodiges survenus sur le site de Subiaco :

au chapitre V : Trois des petits monastères, situés au haut d’une montagne, manquent d’eau. Les occupants désirent changer d’emplacement, mais Benoît leur recommande de frapper le sol à l’endroit qu’il a marqué de trois pierres, et le lendemain en jaillit une source abondante ;
au chapitre VI : Un Goth attiré par la vie monastique, pauvre d’esprit mais acharné au travail, occupé à débroussailler sur le bord du lac, frappe si fort de sa faucille que le fer se détache et tombe dans l’eau profonde. Informé de l’incident, Benoît s’approche du lac, prend le manche de l’outil et le dépose dans l’eau: la lame remonte des profondeurs et se réajuste sur le manche ;
au chapitre VII : Le petit Placide, en puisant l’eau du lac, y tombe et est entraîné très loin du rivage. Benoît, de sa cellule, voit la chose et ordonne à Maur de courir au secours de l’enfant. Maur s’en va en hâte et court sur l’eau ; après coup seulement il se rend compte du miracle, miracle que Benoît attribue à l’obéissance de son disciple, tandis que celui-ci l’attribue à l’ordre de son abbé. Placide, quant à lui, attribue le prodige à Benoît car, « au moment où j’ai été tiré de l’eau, j’ai vu au-dessus de ma tête le manteau de l’abbé, et j’avais l’impression que c’était lui qui me tirait de l’eau ».

Sa piété et sa renommée attirent de plus en plus de personnes auprès de Benoît, au point qu’un des prêtres de la région, Florentius, jaloux de son influence, cherche à en diminuer l’éclat : il calomnie Benoît, puis interdit à ses paroissiens d’aller le voir. Il envoie à Benoît un pain empoisonné, destiné à être béni et partagé, pratique chrétienne appelée eulogie. Benoît, soupçonnant la malveillance de Florentius, présente le pain à un corbeau apprivoisé et lui ordonne d’emporter au loin le funeste cadeau. Après avoir évité la tentative d’empoisonnement par le vin, Benoît déjoue le complot d’empoisonnement par le pain. Enfin, Florentius envoie sept femmes païennes nues danser aux abords des monastères, afin de réveiller le désir sexuel des jeunes moines.

Devant l’hostilité de Florentius, Benoît, accompagné de quelques moines, décide de quitter Subiaco, laissant au frère Maur la charge des moines restants. Au moment de son départ, Benoît apprend que le père Florentius vient juste de décéder dans l’écroulement de sa maison et pleure cependant la mort de son ennemi. Il ne modifie pas sa décision de quitter ce lieu hostile, craignant pour la vie de ses moines.

De Subiaco, Benoît et ses compagnons partent (en 529 ?) vers un bourg au flanc d’une montagne, dans une région plus aride et alors moins christianisée, pour s’installer au lieu-dit Cassino, le Mont Cassin. Ce lieu avait été un camp de la légion romaine.

Dans un bois des environs, vit un moine ermite prénommé Martin. Pour résister à l’attrait du monde, il vit attaché à un arbre. Arrivé sur place, Benoît le convainc de détacher ses chaînes afin de vivre pour Dieu par amour, et non par crainte du monde. L’ermite accepte et devient l’un de ses moines. Par ailleurs, les moines diffusent le Christianisme auprès des habitants des alentours.

Certains bois sont des lieux de culte et de dévotion aux anciens dieux et, lors de la construction de l’abbaye, des murs s’effondrent à plusieurs reprises, « poussés par les démons » disent les biographes. Ces lieux avaient abrité un ancien temple d’Apollon et de Jupiter. Selon les biographies orales sur saint Benoît, les manifestations démoniaques cessent après la découverte et la destruction des idoles trouvées sur place. Avec les anciennes pierres des temples, les moines élèvent une chapelle dédiée à saint Martin de Tours, et un oratoire est placé sous la protection de saint Jean le Baptiste. Le récit de la vie de Benoît le montre faisant face aux difficultés et aux manifestations démoniaques par la prière.

Un homme pieux demande à Benoît d’envoyer des moines pour ériger un monastère dans son domaine situé près de la ville de Terracine, dans le Latium. Accédant à sa demande, Benoît forme une délégation de frères conduite par un Père et son second, avec pour mission de concrétiser le projet. Avant leur départ, Benoît leur promet d’être auprès d’eux, un jour donné, pour désigner l’emplacement de chacune des pièces du monastère. La nuit précédant le jour promis, le Père et son second reçoivent en songe – avec beaucoup de détails et une étonnante précision – tous les renseignements attendus. Peu convaincus de la fiabilité de leur vision, ils attendent cependant la présence physique de Benoît.

« Ne vous suis-je pas apparu à l’un et à l’autre pendant votre sommeil et ne vous ai-je pas désigné chaque endroit ? ».

Ce fut le dernier monastère à la construction duquel participa Benoît.

C’est sur le promontoire rocheux de Mont-Cassin qu’il terminera sa vie vers 547

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *