Une Eglise ART-DÉCO, Ste Ide à Saint-Martin-Boulogne, vitraux d’H. Lhotellier et autres…

Une Eglise ART-DÉCO, Ste Ide à Saint-Martin-Boulogne, manifeste de LA NEF, œuvres d’H. Lhotellier et autres…

Henry Lhotellier, maître verrier à Boulogne, qui réalisera des vitraux lors de la restauration de l’église de Wimereux après la 2nde guerre, conçoit bien avant, en 1937 et 1938, pour l’église Sainte-Ide à Saint-Martin-Boulogne (construite par l’architecte Drobecq), deux hautes baies étroites, de chaque côté de la grande fresque du chevet, figurant saint Pierre à gauche et saint Paul à droite. Cette construction nouvelle avait été considérée comme le manifeste de l’association d’art sacré LA NEF. La vaste nef est éclairée par de belles verrières. Henry Lhotellier réalise aussi un médaillon au dessus de la porte d’entrée représentant la Vierge et l’Enfant.

LES VITRAUX D’HENRY LHOTELLIER

Cliquer sur les vignettes pour les voir dans leur définition optimale

LES AUTRES VITRAUX

Cliquer sur les vignettes pour les voir dans leur définition optimale

L’église Sainte-Ide, située dans le quartier d’Ostrohove, à Saint-Martin-Boulogne (62) n’est pas aussi bien connue que les autres édifices religieux de l’agglomération boulonnaise. Il faut en effet monter la rue du Mont d’Ostrohove pour la découvrir, à proximité de la place de l’Orme, à la limite de la commune de Saint-Martin.

L’architecture extérieure de l’église peut surprendre, avec ses imbrications de hautes toitures en batière couvertes de tuiles et ses murs de moellons de Baincthun. Le portail est surmonté d’un mur-clocher et les baies sont encadrées de ciment. L’influence régionaliste chère à l’architecte Pierre Drobecq est sensible : l’aspect de l’édifice ne laisse guère soupçonner ce que le visiteur va découvrir à l’intérieur. C’est un peu comme un coquillage dont l’extérieur ne permet pas d’imaginer l’intérieur irisé aux délicates nuances qui vibrent à la lumière.

Entrons. A gauche, un petit édifice octogonal à la haute toiture de tuiles abrite le baptistère. Il faut pousser une grille joliment travaillée pour y entrer et admirer les fonts baptismaux d’un très beau style art-déco.

Le petit bénitier de céramique bleue, près de la porte, est du même style art déco, qui est dominant dans l’église.

L’église proprement dite présente un vaste espace organisé selon un plan en croix latine coiffée d’une coupole que l’on ne soupçonnait guère à l’extérieur. Cette coupole est décorée de la croix de Jérusalem – allusion à la première croisade menée par Godefroy de Bouillon, fils de sainte Ide – qui fait écho aux motifs ornementaux à connotation orientale, tels les chaînages des arcs. Seuls, quatre piliers en béton armé soutiennent l’ensemble éclairé d’intéressants vitraux signés Largillier (évangélistes et leurs attributs, 1958) aux extrémités du transept, ou Lhotellier (saint Pierre et saint Paul, 1937) dans le choeur.

Notons à propos de Saint Pierre qu’il est certes reconnaissable à sa traditionnelle clé, mais aussi qu’à ses pieds, gît le fameux poisson à la tache noire si caractéristique sur ses flancs.

Deux petits vitraux abstraits se remarquent aussi, presque semblables, figurant d’un côté la Sainte-Trinité, et de l’autre Notre Dame de Boulogne sur son esquif. Deux autres évoquent l’Eucharistie. Et si l’on retourne vers l’entrée, l’on verra alors que les baies au-dessus de la porte se colorent de vitraux jaunes où se dresse la croix, ensemble très stylisé.

Mais à ce stade, le regard est attiré par l’autel, dessiné par le Père Houssin, de style art-déco, dont la table est soutenue par cinq pieds habillés de céramique verte. Et dans le fond de l’église, chatoyant de toutes ses couleurs, au-dessus d’une frise à cinq vignettes invoquant sainte Ide, une superbe fresque attire notre attention. A gauche de l’image, sainte Ide, vêtue à la mode médiévale, accompagne un enfant qui porte un reliquaire – qui n’est autre que la miniature de notre église – vers Notre Dame de Boulogne et l’Enfant Jésus. Ceux-ci, comme le veut la tradition, sont figurés sur le bateau qui les mena vers nos côtes, encadrés d’anges plus légèrement esquissés, et accueillis par une famille de pêcheurs éblouis par cette apparition. Cette fresque se caractérise par quelques couleurs vives atténuées par de nombreux tons plus doux, dans le style art déco en accord avec l’ensemble de l’église. Selon la lumière, les couleurs des vitraux font vibrer celles de la fresque dans la châsse blanche de l’église. Nous devons cette oeuvre à Emile Flamant (18/1/1896 – 12/9/1975), spécialiste de la fresque, qui laissa nombre de ses oeuvres dans la région : hôtels de ville de Caudry et Cambrai, Palais de la Bourse de Lille, Musée Chaillot à Paris et au moins une trentaine d’églises, chapelles et séminaires. Cet artiste avait d’autres cordes à son arc, puisqu’il a également écrit quelques recueils de poésie et produit de nombreux tableaux de chevalet.

Notons encore que le carrelage de l’église présente divers symboles de l’Ancien Testament, des Evangiles, quelques motifs en relation avec les activités maritimes de Boulogne, et le blason de sainte Ide, comtesse de Boulogne. Le même blason à la couronne comtale est présent à l’extérieur, au- dessus de la baie centrale qui surmonte le portail d’entrée. Il est encadré de deux croix de Jérusalem rouges.

Ceci nous mène au choix du nom de cette église. Aucune n’avait été consacrée à Sainte Ide (1040-1113), comtesse de Boulogne, mère de Godefroy de Bouillon, veuve vers 50 ans, dont les mérites et les vertus sont évoqués dans les cinq vignettes de la fresque d’Emile Flamant. C’est à elle que nous devons de posséder une relique du Saint Sang dans le trésor de la cathédrale, puisque ses fils voulurent rendre hommage à sa piété et lui firent parvenir cette relique de Jérusalem. Rappelons qu’elle fonda un monastère à la Capelette, aux Attaques près de Calais, un autre au Wast – aujourd’hui détruit – où elle fut inhumée jusqu’en 1670, date à laquelle ses reliques furent transférées à Paris puis à Bayeux.

C’est l’abbé Leuillieux qui eut le premier l’idée d’une église à Ostrohove, avant 1914. Mais ce n’est qu’en 1935 que le curé de Saint-Martin, l’abbé Joyez, relança le projet, appuyé par une souscription. La paroisse d’Ostrohove et de Pont Pitendal comptait alors environ 1800 habitants dont environ 200 enfants. L’évêque Mgr Dutoit procéda donc à la pose de la première pierre en mai 1936, puis à l’inauguration et la bénédiction de l’église en septembre 1937. Ce n’est qu’en 1938 que l’église eut ses propres registres de catholicité, mais elle resta desserte de Saint-Martin jusqu’en août 1947, où elle devint église paroissiale indépendante.

La construction de l’église fut confiée à Pierre Drobecq, parent avec M. et Mme Guillaume Huret qui cédèrent le terrain, suite au décès de leur fils de 23 ans. Né en 1893, enterré au cimetière de l’Est de Boulogne à son décès en 1944, Pierre Drobecq est connu pour l’immeuble Dervaux qu’il bâtit Grande Rue, avec Debrouwer (l’architecte de l’hôtel de ville de Calais), pour l’hôtel Picardy au Touquet (1929, aujourd’hui disparu), l’hôtel de ville du Touquet, deux constructions de béton armé revêtus d’une décoration éclectique ; l’agrandissement de l’hôtel de ville de Boulogne (1934) ; de nombreuses villas au Touquet, à Equihen, Cucq, Condette, Pont-de-Briques, Wimereux, Wissant, Boulogne, et même dans d’autres régions. Certaines de ses oeuvres ont disparu aujourd’hui. Avec l’église Sainte-Ide on retrouve son goût pour le régionalisme et l’éclectisme.

Souhaitons toutefois que cette église à l’architecture originale (propriété du diocèse et non de la commune) associant plusieurs talents au service du même message artistique et spirituel, ne souffre plus très longtemps du mal qui la ronge aujourd’hui : l’humidité, qui pénètre sournoisement ses combles aux formes complexes (trop complexes sous notre ciel pluvieux ?), et qui ternit et entache la blancheur de l’intérieur. L’écrin de nacre noirci finira-t-il par ne plus pouvoir mettre en valeur les nuances chatoyantes de ses joyaux colorés ? Souhaitons que des travaux conséquents enrayent bientôt ce phénomène qui ne peut que nous attrister. Que sainte Ide, «grande bâtisseuse», nous vienne en aide !

Marie-Dominique LOBRY – Les Cahiers du Patrimoine Boulonnais n°70, 2015, semestre 2

LES MOSAÏQUES DU SOL

Cliquer sur les vignettes pour les voir dans leur définition optimale

LA FRESQUE DÉDIÉE A SAINTE IDE

Cliquer sur les vignettes pour les voir dans leur définition optimale

VUES EXTÉRIEURES DE L’ÉGLISE

Cliquer sur les vignettes pour les voir dans leur définition optimale

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *