Retour sur la 1ère conf du Lundi : Balade dans le Wimereux d’autrefois (A. Destombes)

Merveilleuse et passionnante rencontre ce 5 août aux Jardins de la Baie Saint-Jean, entre un public connaisseur et avide de découvertes historiques, venu nombreux, et un passionné de l’histoire de Wimereux, Arnaud DESTOMBES, collectionneur de cartes postales d’époques et photos anciennes.

Il a su ce soir-là faire parler ces artefacts du passé par l’analyse 👁 de leurs détails particuliers pour nous faire découvrir l’histoire de la station au gré des diapositives projetées 📽. Toute une structure urbaine du présent expliquée par les décisions du passé, avec différentes étapes évolutives, tout un paradigme fragile et unique qui a permis l’éclosion et la vie de la station : l’arrivée du train 🚞 , l’intérêt des riches industriels textiles du Nord pour les bienfaits pour la santé de l’air iodé 🌊 de la Côte d’Opale, la fréquentation de l’aristocratie britannique notamment pour le Casino, l’effervescence artistique de la Belle Époque …

Notre excellent narrateur, Arnaud Destombes nous a invité à une projection commentée 🎤de ses cartes postales qui témoignent de toute une époque : plein de petites histoires et anecdotes au croisement de l’Histoire, de la création de la station balnéaire et de son évolution au fil du temps, qu’il est impossible de retranscrire ici : il faudrait tout un livre …

Bien entendu, s’agissant d’une conférence donnée dans le cadre du soutien financier à la restauration de l’église de l’Immaculée Conception de Wimereux, notre conférencier nous a proposé une photo de l’église de Wimereux au tout début du siècle, avant son agrandissement décidé en 1904, puis après l’achèvement de son extension en 1905 (avant la construction de la Mairie). On peut distinguer devant l’église, le terminus du tramway Boulogne-Wimereux (avec nécessité de traverser le pont de bois à pied pour prendre le tramway de M. Lonquety amenant dès 1910 ses passagers jusqu’à son tout nouveau Terrain de Golf), et derrière l’église, l’ouvroir construit en 1873 par l’abbé Le Bègue pour parfaire l’éducation des jeunes filles (il était tenu jusqu’en 1905 par 3 soeurs de l’Immaculée Conception, qui ont dû partir après la promulgation de la loi de séparation des églises et de l’état.). Cédé en 1875 à la Commune de Wimille, cet établissement devint une école de fille avec son extension qui s’appela l’école La Fontaine (actuellement détruite pour un projet immobilier) tandis que le bâtiment de l’ouvroir constitue actuellement l’école de musique. (pour plus de renseignements, voir l’article d’Arnaud Destombes dans le journal n°34 de l’association « Le Charme de Wimereux »)

(Cliquer sur l’image du Journal du Charme de Wimereux pour lire son contenu)

Outre de nombreuses villas et hôtels décrits par Arnaud Destombes, on citera : « Le Casino », « Le Splendid Hôtel », « l’hôtel Carillon », « le Grand Hôtel de la Manche », « le Bon Accueil », la villa « Miramar »,  les villas « Madona », « Printanière » et « Gérard » de la famille Desurmont, la « Napoléonette » (1er laboratoire de biologie marine à Wimereux tenu par le Pr Alfred Giard, de l’université de Lille), la Villa « les Lyciets » (premier presbytère de l’église avant de devenir « British Pension » et ensuite prendre le nom de « La Falaise »), les villas « Saint-Pierre » et « Saint-Paul » (de la famille Thiriez), la villa « La Frégate » et « Lilliput », la villa « La Rafale », le « chateau des Mauriciens »… Nous ne développerons pas plus le descriptif de ces villas, que vous pourrez retrouver si vous le souhaitez dans l’admirable livre « Le Charme de Wimereux » édité par l’association éponyme.

(Cliquer sur l’image ci-dessous pour être redirigé vers la commande en ligne de ce livre sur le site de l’association « Le Charme de Wimereux »)

Nous ne ferons qu’un bref apparté sur la villa « Les Mauriciens », telle qu’on l’appelle aujourd’hui,. Construite vers 1897, elle est la seule œuvre connue en France du fameux architecte anglais John Belcher, primé au Royal Gold Medal de la RIBA en 1907. Son premier propriétaire, Maurice Ulcoq, était un banquier londonien et homme d’affaires (sa famille était originaire de l’Ile Maurice, dont il commercialisait les produits en Europe et en Amérique). Voyant la bourgeoisie britannique attirée par les stations balnéaires de la côte d’Opale et leurs casinos, comme notamment à Wimereux, il commanda à cet architecte la construction d’un chateau en cette ville naissante. Durant la construction de sa demeure wimereusienne, il venait tous les ans sur Wimereux et invitait le conseil municipal à sa table ; il demandait alors à M. Le Bargy, sociétaire de la Comédie Française, de réciter quelques pièces pour ses convives : il choisissait chaque fois des Fables de La Fontaine (Ce dernier fera l’objet d’une prochaine conférence, par Marie-Andrée Petit). Dans son chateau de Wimereux, il organisait des fêtes, des feux d’artifice, auxquels il conviait des artistes, des comédiens…

Cette construction est de style néo-baroque, son architecture se remarque particulièrement par des décors intérieurs riches et par diverses extensions offrant des espaces entre intérieur et extérieur. La protection de la villa inscrite au titre des Monuments Historiques a été étendue en 2015 à l’ensemble du bâtiment, de son parc et des bâtiments inclus sur sa parcelle. Cependant, le bâtiment tel qu’il apparaît aujourd’hui a beaucoup perdu de sa splendeur extérieure qu’il offrait à l’époque. Son propriétaire actuel entreprend des travaux pour lui rendre son lustre d’antant, identique à celui qui apparaît sur une carte postale de 1905…

 

Dans un article de La Voix du Nord du 29/11/17 on peut lire :

Les propriétaires de la maison, qui l’ont acquise en 2014, se sont lancés le défi de la restaurer quasi-complètement pour qu’elle redevienne, pierre pour pierre, ce qu’elle était au début de son histoire, à la fin du 19e siècle. Un pari complètement fou… et qui a surtout nécessité une patience qui confine à l’obstination. «Au départ, nous avions une image, tirée d’une carte postale où l’on pouvait voir la maison vers 1905  » raconte Jérôme Lanoy, le propriétaire. « Nous avons donc fait un premier projet qui s’inspirait de cette carte postale. Mais il n’était pas satsifaisant». En cherchant des documents sur l’origine de la villa, une image lui revient en mémoire. « Il s’agissait d’une gravure qu’Arnaud Destombes* avait offerte à mes parents. »

Jérôme Lanoy retrouve ce document et, à la manière d’un détective privé traquant le moindre détail, il y trouve deux éléments-clés. D’abord un nom. « À l’époque, la maison s’appelait château et non pas villa des Mauritiens.» Cela va considérablement accélérer les recherches dans Google sur l’histoire de la maison. La gravure révèle aussi le nom de l’architecte qui a imaginé cette belle bâtisse. Il s’agit de John Belcher, un Anglais, président de l’Académie royale d’architecture. «Comme il était célèbre, ses travaux avaient été publiés». Dès lors, c’est comme un coffre aux trésors qu’ouvrent Jérôme Lanoy et sa famille. Une somme d’archives s’ouvre, en même temps que se (re)dessinent doucement les lignes de la maison telles qu’elles avaient couru sous la main du fameux architecte anglais. Voilà comment les Mauriciens s’apprêtent, en 2017, à redevenir ce qu’ils étaient vers 1897, par la magie d’une douce folie.

 

La reine d’Angleterre y est passée.

Si cette maison avait eu un livre d’or, il aurait valu son pesant d’or. Mary, la reine d’Angleterre, y a séjourné, tout comme la princesse d’Orléans et la reine du Portugal ou encore un prince d’Égypte… L’histoire des Mauriciens vaudrait, en elle-même, un roman. On y raconterait comment la maison est devenue successivement un hôtel, un hôpital militaire monté par deux suffragettes, un dancing après la première guerre mondiale puis la demeure d’un avocat lillois. Pendant la seconde guerre, la villa devient le quartier général de la Kriegsmarine avant d’être de nouveau occupée par le juriste. C’est en 1978 que les parents de l’actuels propriétaires en font l’acquisition.

*Passionné d’histoire local, Arnaud Destombes possède un fonds d’archives exceptionnel sur Wimereux.

La projection a été complétée des photos du Père Philippe Thiriez (et nous l’en remercions), transmises par son neveu, et couvrant une période de souvenirs de famille dans la station balnéaire depuis le tout début du XXe siècle jusqu’à la guerre 39-45. Celles-ci sont d’autant plus intéressantes qu’elles offrent, en arrière plan, un témoignage précieux de l’évolution de l’architecture urbaine de Wimereux, jusqu’à la construction du « mur de l’Atlantique ».

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