Hommage à Michel Cabal

Hommage à Michel CABAL.

Un grand historien nous a quitté.

Grand érudit de l’histoire régionale et d’archéologie, Michel Cabal est décédé ce lundi 9 septembre, à Lille, à 73 ans.

Dans le cadre des rencontre du lundi de l’AEICW en août dernier, malgré ses problèmes de santé, il avait tenu à donner une passionnante conférence (le 12 août dernier) à Wimereux, sur un thème qui le tenait à coeur et pour lequel il projetait d’effectuer un grand article complet, à savoir le thème de « La Nef », Association d’artistes de la région Nord dans les années 30, qui a fait « école » par la suite, et a laissé son emprunte dans la région tant en matière d’architecture civile ou religeuse, que d’art dit « sacré » ou « profane ».

Ci-dessous, Michel Cabal, lors de sa conférence à Wimereux, en compagnie de François Descamps, spécialiste d’Henry Lhotellier, du Musées des Beaux-Arts et de la Dentelle de Calais (qui lui aussi nous avait l’honneur d’une conférence à Wimereux en 2018 sur l’oeuvre d’Henry Lhotellier).

Michel Cabal était historien et Président de l’Association Culturelle et Historique d’Ardres (ACHA), spécialiste en histoire de l’art et en archéologie, membre de la Commission Départementale d’histoire et d’archéologie du Pas-de-Calais, et par ailleurs médecin psychiatre, praticien hospitalier, chef de secteur psychiatrique ; il était l’auteur de nombreuses publications consacrées à l’histoire et à l’archéologie de la région des Hauts-de-France. Il avait rédigé un magnique ouvrage intitulé « Les hôpitaux – Corps et Âmes », dans lequel il démontre que, de tout temps, médecins, architectes, hommes politiques se sont associés pour fonder, bâtir et entretenir les hôpitaux, et pour finalement constituer un patrimoine monumental d’importance, rarement étudié, souvent méconnu. Son livre invite à la découverte des hôpitaux : d’abord l’hôpital-chapelle, étroitement lié à la charité chrétienne jusqu’au XVIe siècle, puis l’hôpital-palais, domaine de la bienfaisance aux XVIIe et XVIIIe siècles, ensuite l’hôpital-pavillon où triomphe la médecine hygiéniste du XIXe siècle et enfin l’hôpital-bloc, celui de la spécialisation scientifique du XXe siècle… Ce présentant comme athé, il avait cependant un intérêt certain pour l’art dit « sacré !

Il a écrit aussi notamment « Ardres et son canton », en 2005 et, a participé à l’ouvrage collectif « Le Travail en Ardrésis au XXe siècle » en 2016.

A Ardres, les Journées Européennes du Patrimoines seront tout naturellement dédiées à Michel Cabal. A Wimereux, lors des manifestations organisées par l’AEICW pour ces JEP, nous lui présenteront aussi un hommage, sous forme d’un panneau qui lui sera entièrement consacré. A Ardres, il avait créé en 1986 l’Association Culturelle et Historique d’Ardres (ACHA) dont il était le président. Il devait récemment rédiger l’éditorial du dernier numéro (n°18 de septembre 2019) du bulletin ACHA-INFO édité pour ces JEP 2019. Il avait rédigé deux articles dans ce dernier numéro : l’un traite de la Place d’Armes d’Ardres, qui vient de faire l’objet d’un important réaménagement longtemps attendu ; l’autre concerne le Corps de Garde de la « Cour au Bois » d’Ardres, dont le tracé a été retrouvé lors des fouilles de 2018. D’autres vestiges (de la Renaissance !) ont été redécouvert sous l’impulsion de Michel Cabal : Le Bastion Royal avec ses souterrains, et « Les Poires » (silos à grains souterrains). (Leur accès est exceptionnellement ouvert au public pour ces JEP, et leur visite est des plus intéressantes : pourquoi ne pas vous rendre à Ardres pour aller les découvrir ?)

Ci-dessous : plan du Bastion Royal dont les souterrains sont à visiter pour ces JEP à Ardres

Ci-dessous, plan des silos à grain souterrains du XVIe siècle, à visiter pour ces JEP à Ardres

Le sujet de son futur grand article, qu’il préparait depuis des années, était : « La Nef », (« plus de 50 pages ! », estimait-il). Quand on le questionnait à ce sujet, il était intarrissable ! La profusion de détails qu’il a d’ailleurs apportés, montrant les interconnections entre tel groupe d’artiste et tel autre, lors de sa conférence de Wimereux, en est la preuve. Il avait à ce sujet envoyé à l’association plusieurs documents en vue de les publier sur le site de l’AEICW dans l’article déjà rédigé concernant « La Nef », mais ainsi grâce à lui aujourd’hui « revu et augmenté ».

« La Nef » fut créée sous l’impulsion de Félix Del Marle (qui partageait son temps entre son atelier de Pont-sur-Sambres et sa villa de Wimereux, « L’Avancée »), dans le sillage de la création des ateliers d’art tounant autour de la « Revue de l’Art Sacré ». Cette association fut le résultat de la rencontre, à Boulogne, d’artistes laïcs :

  • Félix Del Marle, Maurice Denis, et Henry Lhotellier (créateur de vitraux à l’église de l’Immaculées Conception de Wimereux), tous trois : peintres ; Pierre Drobecq et Raoul Bryggo, architectes ; Henri Gros, orfèvre,

et de moines artistes issus de l’abbaye bénédictine de Wisques :

  • Dom Henry Delpierre, restaurateur d’églises ; Dom Paul Bellot, « architecte de la brique » ; Frère Joseph Philippe et Père Gossens, architectes ; Frère François Mes, peintre…

« La Nef » se proposait de combler le iatus existant entre l’art sacré et l’art contemporain auquel les esprits semblaient réfractaires depuis plus d’un demi-siècle. Cet art contemporain intégré à la liturgie sera ainsi promu sous ses différentes formes. Léglise Sainte-Ide d’Ostrohove à Saint-Martin-Boulogne a été considérée comme le manifeste de cette association.

La Nef donna par la suite naissance aux ateliers d’art monastiques de Wisques…

Le Père Henry Delpierre faisait donc partie de ce mouvement artistique, puisqu’il était à l’époque moine de l’Abbaye de Wisques, et la restauration de l’église de Wimereux après guerre réalisée sous sa responsabilité en témoigne, avec les vitraux d’Henry Lhotellier (ancien secrétaire de « La Nef », dans son atelier de la rue de la Porte Gayole à Boulogne) et selon l’esthétique épurée et sobre de la décoration intérieure de l’église complètement transformée dans les années 60 selon le style de « La Nef » et des moines de l’Abbaye de Wisques. Le Père Delpierre, dans l’après-guerre immédiat, avant sa nomination en tant que curé de Wimereux, avait été responsable des restaurations des églises des villages autours de Wisques fort « abîmées » par les bombardements, tels qu’à Leulinghen, Quelmes, Zudausques, où il fit appel aux talents des artistes de « La Nef » tels que les moines de l’abbaye de Wisques et d’autres artistes de « La Nef », en matière d’architecture, de peinture, de céramique, de maîtres verriers, d’orfèvres, de concepteurs d’ornememnts et de vêtements liturgiques…

Le chemin de l’Art Sacré, dans notre recherche d’informations historiques en lien avec l’église de Wimereux, nous a ainsi fait rencontrer trois fabuleux personnages désormais disparus : Le Père Henri Delpierre, Nicole Hémard et Michel Cabal. C’est donc par « La Nef », dont on comprend l’implication via le Père Delpierre dans la restauration de l’église de Wimereux, que l’AEICW s’est intéressée au travail de Michel Cabal. Celui-ci nous avait été présenté par Nicole Hémard peu de temps avant le décès de celle-ci il y a près de deux ans.

Hommage à ces trois « maîtres » de l’Art Sacré !

LA NEF, ASSOCIATION D’ART SACRE

(cliquer sur la vignette pour accéder à l’article rédigé avec les infos de Michel Cabal)

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